Dans une République démocratique du Congo où la parole politique peine souvent à convaincre autant que les actes tardent à rassurer, publier un livre sur sa propre conception du pouvoir relève d’un exercice à la fois intellectuel et politique. Avec «Politiquement différent», présenté et baptisé le mardi 6 octobre 2026 au Centre culturel de Kinshasa par le professeur Jacques Ndjoli, Eliezer Ntambwe Mposhi, ministre délégué à la Défense chargé des Anciens Combattants, entend mettre en récit sa vision de l’engagement public.

Au-delà de l’ouvrage, une question traverse cette démarche: peut-on encore faire de la politique congolaise un instrument de service plutôt qu’un moyen d’ascension personnelle?
Journaliste de carrière, homme politique, enseignant et doctorant en criminologie à l’Université de Kinshasa, Eliezer Ntambwe revendique un parcours nourri par le contact avec la population et une ambition profondément altruiste.
Ancien député provincial de Kinshasa et député national, aujourd’hui membre du gouvernement central, il affirme vouloir inscrire son action dans la défense des plus démunis. Cette volonté de se distinguer de pratiques politiques souvent décriées, constitue le fil conducteur de son livre.

Mais le titre, volontairement interpellateur, pose aussi une exigence: la différence ne se décrète pas, elle se démontre dans la durée, par les choix, les actes et les résultats.
Le professeur Émile Bongeli invite justement à ne pas lire l’ouvrage comme un pamphlet contre les autres acteurs politiques. «Le livre n’est pas polémique», souligne-t-il, expliquant que son intérêt réside plutôt dans la volonté de l’auteur de justifier les raisons de son engagement politique.

Pour lui, être «Politiquement différent», c’est notamment accepter de travailler au bénéfice de personnes que l’on ne connaîtra peut-être jamais: une conception du pouvoir fondée sur le service et la transmission.
Bongeli estime également que la notoriété d’Eliezer Ntambwe s’est construite à travers un dialogue régulier avec la population. Reste, comme il le suggère, à découvrir en lisant l’œuvre: différent de qui, et surtout, différent en quoi?
Charles Ibama, Secrétaire national de l’Action commune pour la République -ACR- chargé de l’Environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique, dit avoir vécu ce vernissage avec «beaucoup d’intérêt et une certaine émotion».

Il voit dans «Politiquement différent» davantage qu’un récit de parcours: une tentative de partager une lecture de la politique dans un écosystème marqué par une crise de confiance entre gouvernants et gouvernés.
Les mots du professeur Jacques Ndjoli sur l’itinéraire de l’auteur ont, selon lui, donné une profondeur particulière à l’œuvre. Ce regard partisan mérite toutefois d’être replacé dans son contexte: le livre est aussi un acte de communication politique qui cherche à consolider une identité et à donner du sens à un engagement.
Le message inscrit au dos de l’ouvrage en résume même la dimension identitaire: «J’aimerais que le Congolais de demain marie son âme à la terre de ses ancêtres…» Cette phrase déplace le propos du seul parcours individuel vers la transmission, l’attachement à la terre et la responsabilité envers les générations futures.

Dans un pays confronté aux conflits, aux fractures sociales et aux interrogations sur son avenir collectif, elle peut se lire comme un appel à réconcilier l’action politique avec l’intérêt national. Le choix de publier un tel message n’est donc pas anodin: il inscrit la réflexion politique dans une ambition de mémoire et d’héritage.
Au fond, «Politiquement différent» met en scène une ambition et soumet implicitement son auteur à un examen public. Dans une classe politique régulièrement sommée de prouver sa proximité avec les citoyens, Eliezer Ntambwe choisit le livre pour exposer sa conception du pouvoir et transmettre sa vision.
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