L’histoire des relations entre Kinshasa et Bruxelles révèle des périodes de tensions qui méritent d’être examinées à l’approche des grandes échéances politiques congolaises.
En 2017, alors que Joseph Kabila approchait de la fin de son deuxième mandat constitutionnel, les désaccords avec la Belgique s’intensifiaient autour du calendrier électoral et du respect des engagements politiques.
En 2018, le bras de fer diplomatique s’était aggravé, jusqu’à la fermeture de plusieurs structures de coopération.
Aujourd’hui, alors que Félix Tshisekedi fait face à de nouveaux défis politiques et sécuritaires, les perquisitions menées en Belgique dans le cadre d’une enquête visant des proches du Chef de l’État ravivent une interrogation: la Belgique sait-elle anticiper les moments de basculement de la politique congolaise?
Ces perquisitions interviennent quelques jours après l’annonce, le 12 octobre, de la création du Front pour la refondation de la nation -FRN-, placé sous la direction de Joseph Kabila et intégrant notamment l’AFC-M23. Cette coïncidence mérite d’être interrogée.
Au moment où l’ancien président réapparaît au premier plan dans une coalition politico-militaire qui conteste le pouvoir de Kinshasa, une procédure judiciaire en Belgique concernant des proches du Président Tshisekedi vient ajouter une pression supplémentaire sur la présidence congolaise.
Rien ne permet cependant d’établir que ces deux événements sont coordonnés. L’enquête belge découle d’une plainte déposée en 2025. Il reste néanmoins légitime de s’interroger sur les conséquences politiques de leur concomitance.
Pourquoi ces perquisitions doivent intervenir seulement au moment de turbulences politiques?
La Belgique prépare-t-elle déjà l’après-Tshisekedi ?
La question prend une dimension particulière lorsqu’on rapproche les tensions actuelles du précédent Kabila.
Bruxelles ne décide pas nécessairement de l’avenir politique de la RDC, mais sa connaissance des réseaux congolais, ses relations diplomatiques et sa capacité à agir sur son territoire lui confèrent une place importante dans les dynamiques entre les deux pays liés par une histoire coloniale.
Une procédure judiciaire peut suivre son propre cours tout en produisant des effets politiques considérables. Dans le contexte actuel, les perquisitions pourraient fragiliser l’image du pouvoir, alimenter les controverses et modifier les rapports de force, sans que cela signifie que la justice belge poursuit un objectif politique.
La question est donc moins de prêter une intention cachée à Bruxelles que d’examiner les conséquences de ses décisions au moment où le pouvoir congolais traverse une période de fortes tensions.
Au fond, la véritable interrogation est de savoir si Kinshasa subit les événements ou s’il en comprend suffisamment tôt les implications stratégiques.
Entre l’émergence du FRN de Joseph Kabila, les tensions sécuritaires dans l’Est et cette nouvelle crise avec la Belgique, Félix Tshisekedi se retrouve confronté à plusieurs fronts simultanés.
La décision de son Dircab Anthony Kinzo, dans une note circulaire interdisant aux membres du cabinet présidentiel d’entretenir des contacts directs ou indirects avec l’ambassade du Royaume de Belgique en RDC, ainsi qu’avec son personnel diplomatique et administratif, fait également réfléchir.
Faut-il y voir une simple convergence de circonstances ou les signes d’une recomposition politique dont les effets dépasseront les frontières congolaises?
À ce stade, aucune preuve ne permet de conclure que Bruxelles prépare une alternance à Kinshasa. Mais le précédent de 2017-2018 invite à la vigilance et à l’analyse.
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Car, dans les relations internationales, le calendrier des événements compte autant que leur nature. La Belgique prépare-t-elle l’après-Tshisekedi, ou Kinshasa est-il en train de découvrir, une fois de plus, que les grandes séquences de son histoire se jouent aussi au-delà de ses frontières?
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