octobre 18, 2021

Le Regard

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COVID-19: Comment à Kinshasa les gestes barrières et mesures anti-Covid peinent à être observés

La République Démocratique du Congo fait face à une troisième vague de Covid-19, réputée plus coriace et plus dangereuse que les deux premières. 19 mesures, d’abord édictées pour 15 jours, ont été renouvelées en vue de prévenir la population des risques de contamination à ce virus qui a déjà fait beaucoup de mal à travers la planète. Au nombre de ces mesures, fermeture des terrasses, réduction de capacité d’accueil dans les églises, stricte application des mesures barrière dans les lieux publics comme école et marché en plus de l’installation des dispositifs de prélèvement de la température et de lavage des mains. Ces mesures sont-elles respectées à Kinshasa, province congolaise la plus touchée par la pandémie? «Le Regard», à travers une série de trois reportages, vous plonge au cœur de la réalité à Kinshasa où Covid-19 semble encore être une chimère pour les uns et réalité pour les autres.

A Gambela, vendeurs, acheteurs et autorités s’exposent à la contamination

Nous sommes à Gambela, l’un des marchés les plus fréquentés à Kinshasa qui accueillent des milliers des Kinois au quotidien. Comme dans d’autres marchés de la capitale, la promiscuité y bat son plein. Le cadre est ainsi propice pour la propagation du virus. Conscient de cela, le Président de la République, en édictant les mesures anti-Covid, avait ordonné: «le renforcement des dispositifs de contrôle et de prévention à chaque entrée d’un édifice public impliquant la prise de la température corporelle, le lavage des mains à l’eau et au savon ou encore l’application des gels hydro-alcooliques». Il a également intimé l’ordre aux vendeurs «de gagner l’intérieur des marchés publics», dont «l’entrée est subordonnée à la prise de la température corporelle, au lavage des mains à l’eau et au savon, au port obligatoire et correct du masque».

Le marché Gambela, situé en plein cœur de la commune de Kasa-Vubu, est loin de mettre en application ces mesures du Président Félix Tshisekedi. En sillonnant le marché, l’on a l’impression d’être à l’époque d’avant-Covid-19, tant presqu’aucun geste barrière ni mesure anti-Covid du gouvernement n’est observée. A l’entrée principale du marché Gambela, située sur l’avenue éponyme, aucun dispositif n’est installé. Pas de lavabo ni de thermomètre pour prélever la température des visiteurs. Même constat dans les autres entrées de ce lieu de négoce, notamment celles des avenues Ethiopie et Sport.

Pourquoi l’absence de tous ces dispositifs? Cette question a tellement taraudé notre esprit au point de susciter en nous l’ardente volonté de la poser aux responsables du marché. C’était sans compter sur la détermination des services du marché de nous barrer la route comme quoi nous n’avons pas qualité pour interroger les responsables. «Qui doit nous livrer cette autorisation?», avons-nous demandé. Réponse: silence.

Il ressort de nos observations que pour un marché qui accueille des milliers de personnes le jour, le besoin logistique est important en vue de mettre à la disposition des acheteurs et vendeurs les instruments nécessaires de contrôle. Il importe de ce fait de penser des stratégies idoines pour faire face à cette situation au risque de voir ce marché se transformer en foyer de la pandémie à Kinshasa.

Toutefois, à Gambela, la seule mesure qui semble être suivie est le port de masque. Mais à Kinshasa, le masque ne joue vraiment pas le même rôle que sous d’autres cieux. Il est plus utilisé pour orner ou cacher le menton plutôt que pour se protéger de Covid-19. Avoir le masque autour du menton, c’est aussi et surtout un moyen de se protéger contre les agents de la police. Ces derniers, en tombant sur une personne sans masque ne serait-ce qu’autour du menton, exigent de l’argent de la part de l’infortuné. Celui-ci préfère donner au policier que d’être amené au commissariat par peur de payer une amende beaucoup plus costaud, telle que décidées par le gouverneur de Kinshasa. Constat: la peur du gendarme fait porter le masque… mais pas convenablement.  

Stéphanie BATEKO

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