juin 14, 2021

Le Regard

De l’information fouillée et vérifiée

France: la Covid-19 brouille l’intégration des étudiants africains dans le système d’enseignement supérieur français

 La pandémie de la covid-19 qui frappe de plein-fouet la France et l’humanité entière, n’épargne pas les étudiants internationaux particulièrement africains dans l’hexagone. Ces derniers sont également à compter parmi les victimes collatérales de la maladie. Job quasi-inexistant ou difficile à trouver, stage interrompu, etc. autant de soucis pour ces apprenants auxquels s’ajoutent des démarches administratives intenses, des difficultés de trouver un logement et tutti quanti. Sur la même lancée, ces jeunes hommes et femmes ont, une fois en France, l’obligation de composer désormais avec des nouvelles réalités qu’ils n’ont pas forcément vécu chez eux ou du moins à une proportion inférieure. Télétravail, cours à distance, confinement, attestations de déplacements, couvre-feux, etc. font depuis quelques temps, partie du quotidien de ces étudiants. En pareille, une cohorte d’acteurs (établissements universitaires, enseignants, institutions étatiques, associations religieuses et même estudiantines) tentent, autant que faire se peut, de voler au secours de ces étudiants en essayant d’alléger leur chemin de la croix.

Parmi des milliers d’étudiants africains venus en France lors de la dernière rentrée, se trouve MESSOU DAH ERIKA Victoria, étudiante de nationalité camerounaise inscrite en première année de Master Droit à l’Université Aix Marseille. Cette dernière nous a relaté combien c’était difficile pour elle de suivre les cours à distance. « C’était une première pour moi de suivre les enseignements à distance. Franchement, j’étais un peu déçue parce que j’avais aussi besoin de vivre l’ambiance et la chaleur présentielles. Un moment, les cours à distance me fatiguaient », nous a-t-elle confié.  

Ce sont les mêmes soucis qu’ont également connus Monica Mame Diarra Sene, étudiante sénégalaise inscrite en première année Licence Chimie à l’Université Aix Marseille. Pour elle, son domaine d’étude exige le présentiel, mais avec le télétravail, elle a eu du mal à assimiler quelques enseignements. Et, l’organisation des cours à distance ne lui permettait pas d’aborder ses difficultés et lacunes avec ses enseignants.

Dans un autre chapitre, il y a aussi des étudiants qui ont connu des difficultés extra-scolaires. Problèmes de logement, difficultés à trouver un emploi pour assurer sa scolarité ou sa survie quotidienne… toutes ces arduités n’ont pas été sans conséquence sur la qualité du travail accompli par ces apprenants étrangers. C’est le cas de DJA KADJO GNIMA Thérèse, étudiante de nationale ivoirienne inscrite en première année de Licence Sciences politiques à l’Université de Lille.

Celle-ci nous a retracé toutes les arduosités qu’elle a connues à son arrivée en France. « Personnellement, c’était trop dur pour moi. J’avais du mal à comprendre comment faire certaines choses ici.  Et il n’y avait personne pour m’expliquer », a-t-elle déclaré.

ANAGBAN KOKOU Luc, étudiant d’origine togolaise inscrit en Master 1 Communication à l’Université Paris 13, nous a confié qu’il était malvenu en France. « Je me prend moi-même en charge ici. J’ai vraiment galéré pour trouver un job. J’ai déposé mon CV dans des restaurants rapides. On ne pouvait pas me recruter parce qu’ils fonctionnaient en service minimum », se rappelle-t-il.   

De son côté, FADIGA COUMBA souligne qu’il avait connu des soucis sur le plan administratif. « Un mois après mon arrivée, j’ai eu la chance d’être contacté dans un super marché où j’avais déposé mon CV. Mais au finish, je n’avais pas été recruté parce que mon numéro de sécurité sociale n’était pas encore sorti », regrette-t-il.

Deborah MANZONGO, étudiante congolaise en Master 2 Sciences Politiques à l’université de Toulon, nous renseigne qu’elle avait perdu tout ce qu’elle avait comme ressources financières dès son arrivée en France. « Cela m’a rendu la tâche très difficile pour payer mes frais d’inscriptions, mais aussi de trouver un logement. Grâce à une connaissance familiale, j’ai trouvé un hébergeur dans une petite ville à côté de Toulon », nous a-t-elle fait savoir. À côté de cela, cette jeune dame nous a encore confié que par rapport aux enseignements, elle avait d’énormes soucis pour l’utilisation de la plateforme des cours.

« A l’Université Lumière – Lyon 2, enseignants et autres services sont mis à contribution pour alléger la peine des étudiants »

Face à tous ces désidératas énumérés par ces étudiants étrangers, il existe le Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires -CROUS-. Cet organe étatique a été créé par la loi du 16 avril 1955 avec pour vocation principale de favoriser l’amélioration des conditions de vie et de travail des étudiants. D’après France Info, les aides allouées aux étudiants par le CROUS ont vu, cette année, leurs chiffres être multipliés par 10. Une situation qui prouve que la précarité estudiantine est de plus en plus importante. Avec les cas d’immolation dénombrés parmi les étudiants, le CROUS et plusieurs universités ont mis en place des cellules d’écoute psychologique pour l’accompagnement des étudiants. C’est le cas de l’Université Lumière – Lyon 2 où enseignants et autres services sont mis à contribution pour cette fin. Maria BYVSHEVA, Gestionnaire de la mobilité entrante hors échange et Référent Campus France à Lyon 2 nous a fait savoir qu’il y a une série des dispositifs qui a été mise en place depuis la crise sanitaire.

« Les étudiants internationaux ont été informés sur ces mesures. Parmi elles, il y a l’accompagnement médico-psychologique, des aides sociales et financières, des exonérations de droits d’inscription, la mise en place de l’épicerie solidaire, la distribution du matériel informatique pour que les étudiants puissent suivre les cours à distance, la mise en place de l’opération binôme », a-t-elle renseigné. A côté de cela, il existe en temps normal, soutient-elle, le Bureau des étudiants internationaux qui s’occupe de plusieurs sujets concernant le séjour, l’installation et l’accompagnement administrative et pédagogique des étudiants étrangers.

En pareille, il y a aussi des enseignants qui ont revu leur méthodologie pour s’adapter à la réalité de l’heure.  Serge Miguet, enseignant à l’Université Lumière – Lyon 2 nous a indiqué qu’il a été obligé d’adapter la forme et le volume de certains contenus. « Entre le distanciel, le télé présentiel, le comodal, ou toutes les combinaisons de ces formes d’enseignement, on ne peut pas faire comme si tout se passait en présentiel. J’ai donc été obligé d’adapter la forme et le volume de certains contenus. J’ai néanmoins essayé de réduire au minimum ces adaptations, dans la mesure où les mesures sanitaires étaient assez incertaines, et qu’il aurait été épuisant de tout changer, deux mois en avance pour une modalité, pour devoir tout refaire pour une autre modalité », a-t-il souligné.

Il précise qu’il essaye toujours de venir en aide, dans la limite de ses possibilités, aux étudiants qui présentent des difficultés (français comme étranger sans distinction spécifique).

Pour sa part, Annelise Touboul, enseignante à l’Université Lumière – Lyon 2 soutient que la prise en compte des situations particulières des étudiants étrangers intervient plus au niveau de la capacité à suivre les enseignements, aux conditions de vie et d’étude que sur une manière d’enseigner. Elle nous a fait savoir qu’elle faisait des prises de contact individuelle pour vérifier la situation personnelle des étudiants concernés. Elle prend toujours en compte l’éloignement pour proposer des enseignements à distance adaptés y compris au moment où il a été possible de refaire cours en présentiel. Elle nous a également dit qu’elle fait recourt au regroupement des enseignements obligatoires en présentiel pour limiter les difficultés attachées à des déplacements difficiles et/ou coûteux. Ces dispositions, précise-t-elle, concernent les étudiants étrangers, mais pas uniquement.

« Des associations, des privées également volent au secours des étudiants étrangers »

La période Covid-19 a permis l’émergence de plusieurs structures de soutien ou d’accompagnement des étudiants étrangers en France et dans la ville de Lyon singulièrement. C’est le cas de GAELIS, une structure des étudiants qui viennent en aide aux étudiants précaires à travers des distributions alimentaires, ateliers d’échange et de parrainage entre étudiants et professionnels. Il a vu le jour en plein confinement du printemps 2020 pour essayer d’accompagner les étudiants dans ces moments particuliers. D’après Yo Han PARK, Etudiant en Master 1 Biochimie à l’Université Lyon 1 et Vice-Président en charge de la Coordination et Suivi des Elus de GAELIS, ce sont toutes les semaines que leur structure organise, au moins, une activité. « Nous recevons des aides un peu de partout pour financer nos distributions. Parmi nos partenaires, il y a les universités, les particuliers, la Ville et la Métropole de Lyon à travers des appels à projets que nous remplissons », a-t-il révélé.

Dans ce même registre, il y a aussi des fidèles de la paroisse catholique de Sainte Foy-lès-Lyon qui s’illustrent par des activités en faveur des étudiants étrangers. A en croire Catherine Frizot, sa paroisse souhaite garder le contact avec les étudiants, créer des liens avec eux. « Nous proposons un atelier de recherche de stage / job, des balades, des rencontres avec les fidèles de notre paroisse. Et bientôt, nous pourrons aussi proposer des invitations pour des repas en « famille », des pique-niques, des visites… A part l’atelier de recherche de stage, toutes ces propositions sont aléatoires : nous envoyons des messages par mail pour chaque proposition », nous a-t-elle expliqué.

Précisons que dans cet élan de solidarité, il y a aussi des mairies et des associations privées qui essayent d’apporter leur soutien aux étudiants en général et aux étudiants étrangers en particulier dans la perspective de permettre à ces derniers de passer leur scolarité dans des conditions optimales.

KOKOLO MATONDO Deo/Etudiant en Master 2 Nouvelles Pratiques Journalistiques à l’Université Lumière – Lyon 2/ Production Editoriale Individuelle