20/10/2026

Le Regard

De l’information fouillée et vérifiée

Offensive constitutionnelle: l’Union sacrée veut retirer à Kabila son statut de sénateur à vie

Offensive constitutionnelle. L’Union sacrée veut utiliser la réforme de la Constitution pour remettre en cause le statut de sénateur à vie de Kabila.

La confrontation entre le pouvoir de Félix-Antoine Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila franchit un nouveau palier. Avec son appel à une «mobilisation générale» contre le Front pour la refondation de la nation -FRN- et le plaidoyer pour le retrait de statut de sénateur à vie de Kabila, l’Union sacrée de la nation -USN- ne se contente plus de dénoncer les positions politiques de l’ancien Chef de l’État. Elle cherche à organiser une riposte politique sur l’ensemble du territoire national et au sein de la diaspora.

Dans une circulaire datée du 16 octobre 2026, André Mbata, secrétaire permanent et porte-parole de la plateforme présidentielle, exhorte les partis membres, les gouverneurs et les présidents des conseils provinciaux à organiser, avant la fin du mois, des manifestations pacifiques et des déclarations publiques.

Joseph Kabila, qui a pris la direction du FRN le 12 octobre à Goma, est désigné par la majorité comme le «porte-étendard» de l’agression rwandaise. Une accusation lourde de conséquences dans un pays confronté à la guerre dans sa partie orientale.

Mais au-delà de la virulence des mots, cette mobilisation traduit surtout la volonté du camp présidentiel de ne pas laisser l’ancien président occuper seul l’espace politique avec son nouveau mouvement politico-militaire.

La question est désormais de savoir si cette démonstration de force permettra de consolider la position du pouvoir de Kinshasa ou si elle contribuera à durcir davantage une confrontation déjà profondément enracinée.

L’autre volet de l’offensive de l’Union sacrée se joue sur le terrain constitutionnel. André Mbata plaide pour une réforme visant à retirer la qualité de sénateur à vie aux anciens présidents définitivement condamnés par la justice ou ayant pris les armes contre leur pays.

Derrière cette proposition formulée au nom de la responsabilité nationale se dessine une conséquence politique évidente: celle de remettre en cause le statut dont bénéficie Joseph Kabila en tant qu’ancien Chef de l’État.

Le débat dépasse donc la seule question du privilège institutionnel. Il touche aux conditions dans lesquelles un ancien président peut conserver une place dans les institutions après avoir quitté le pouvoir, mais aussi aux limites que la République entend fixer à l’exercice de l’opposition lorsque des accusations liées à la sécurité nationale sont en jeu.

Reste que toute modification de la Constitution devra respecter les procédures prévues par la Loi fondamentale et ne saurait se substituer à l’établissement des responsabilités par la justice.

Dans ce bras de fer, l’Union sacrée joue simultanément sur deux tableaux: la mobilisation populaire pour délégitimer politiquement le FRN et la réforme constitutionnelle pour redéfinir les droits attachés au statut d’ancien président.

Une stratégie qui pose une question essentielle: s’agit-il uniquement de défendre la souveraineté nationale face à une menace sécuritaire, ou assiste-t-on également à une bataille pour réduire l’espace politique de Joseph Kabila?

La réponse pèsera sur le débat national, sur les perspectives du dialogue politique et sur la capacité des institutions à traiter cette crise sans aggraver les fractures du pays.

René Kanzuku