La proposition de mettre en place une Commission Vérité et Réconciliation (CVR), portée par l’Archevêque Dodo Israël Kamba avant même le début du dialogue national, fait jaser. Dans l’opinion, beaucoup saluent cet engagement citoyen visant à créer des conditions propices à des échanges sereins. Cependant, certains brandissent ce qui semble être un principe immuable: une telle commission ne devrait être que la résultante d’un dialogue préalable.
Le spectre de l’échec de 2003
Mais il y a un hic. En 2003, une commission similaire avait été instaurée après le dialogue de Sun City. Celle-ci n’a jamais produit de résultats tangibles pour une raison simple : ceux qui auraient dû se soumettre à cette instance étaient déjà promus à de hautes responsabilités politiques. Résultat ? La commission est restée lettre morte, sacrifiée sur l’autel des intérêts partisans.
Dès lors, la question se pose : serait-il déplacé de changer d’approche ? Cela rappelle la célèbre pensée d’Albert Einstein :
« La folie, c’est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent ».
Faut-il condamner la démarche de Dodo Kamba avant même d’en avoir saisi le sens profond ? Le plus gros risque serait de céder à un besoin primaire de s’opposer machinalement à une personnalité, en faisant fi de toute rigueur intellectuelle. Prétendre que l’Archevêque cherche uniquement une visibilité personnelle est, au regard des enjeux, pire que réducteur, malsain.
L’opportunité de la démarche du CIC
En août 2025, le tandem CENCO-ECC, la plateforme des Confessions religieuses et le CIN (une structure née ex nihilo) s’étaient retrouvés dans la discrétion de l’hôtel Obwira. L’objectif était de mutualiser leurs initiatives respectives – Pacte social, initiatives interconfessionnelles pour la paix, etc. -sous l’égide de la Présidence de la République.

De cette rencontre est née une feuille de route censée conduire les Congolais vers un dialogue national inclusif. Depuis lors : silence radio. La décision présidentielle se fait attendre, le temps s’étire, et l’espoir s’effrite peu à peu… et se meurt.
Pendant ce temps, le climat politique demeure délétère. Pouvoir et opposition se regardent en chiens de faïence. Les arrestations, les condamnations et les attaques ad hominem s’intensifient. Personne ne sait quand -ni même si – ce dialogue aura réellement lieu, alors que l’insécurité persiste tragiquement dans l’Est du pays.
C’est dans ce contexte morose que le Conseil Interreligieux Congolais (CIC) prend son bâton de pèlerin. Il prêche auprès des politiques la nécessité de créer, dès maintenant, les conditions d’une décrispation politique et sociale. Selon la vision du CIC, cette commission devrait travailler avant, pendant et après le dialogue. Elle travaillerait dans la décrispation et aussi dans la justice transitionnelle. Elle serait composée de personnalités issues de la société civile et des confessions religieuses (CIC, CENCO-ECC, Plateforme des Confessions religieuses, etc.).
Si l’approche de Dodo Kamba bouscule les agendas établis, c’est peut-être parce qu’elle refuse de placer la charrue du partage des postes avant les bœufs de la vérité. Si avoir raison « trop tôt » est un péché en politique, c’est souvent la seule manière de ne pas arriver trop tard pour la paix.
A en croire un analyste, cela relève de la sagesse africaine qui insiste sur l’importance de l’anticipation et de la mémoire collective pour éviter de répéter les mêmes erreurs.
Plutôt que de condamner l’audace du chronogramme, demandons-nous si nous sommes enfin prêts à privilégier la guérison de la nation sur le confort des procédures.
Hugo Robert MABIALA
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