28/04/2026

Le Regard

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Accueil des migrants expulsés des États-Unis : spécialiste en droit de la migration, Me Alfred Ngoyi rassure que ces étrangers ne représentent aucun danger pour la RDC

Le premier groupe de 15 migrants expulsés des États-Unis, composé des péruviens et équatoriens, est arrivé à Kinshasa vendredi 17 avril 2026. Ils sont pris en charge dans une grande résidence située dans la commune de la N’Sele. Cette information a été confirmée par le ministère de la Communication et Médias, ministère chargé du porte-parolat du gouvernement.

Après cette annonce qui a fait face à un grand tollé sur la toile en République démocratique du Congo, les réactions d’experts fusent de partout.

La dernière en date est celle de Me Alfred Ngoyi Wa Mwanza, avocat spécialiste en droit de la migration. Dans une tribune, Me Alfred Ngoyi a rassuré l’opinion que le but d‘un tel accord «n’est pas d’installer ces étrangers en RDC dans le cas d’espèce, mais plutôt d’inciter ces migrants à accepter de retourner volontairement dans leurs pays d’origine ou d’inciter leurs pays d’origine respectifs de réadmettre leurs ressortissants».

Lisez sa tribune :

ACCORD D’ACCUEIL DES MIGRANTS EN SITUATION IRRÉGULIÈRE EN RDC

Les étrangers en situation irrégulière dans un pays d’accueil sont en principe renvoyés de ce pays.

Mais l’exécution du renvoi de ces étrangers pose toujours problème lorsque ceux-ci ne disposent pas de passeports de leurs pays d’origine respectifs. C’est pourquoi les pays d’accueil des migrants concluent avec les pays d’origine ce qu‘on appelle les accords de réadmission. Ceux ci sont importants quand on sait qu’en vertu du droit international, chaque Etat est souverain pour réadmettre ses ressortissants en situation irrégulière dans un État étranger.

Dans la pratique, par accord de réadmission, le pays d’origine accepte de délivrer un document de voyage de substitution pour ses ressortissants en situation irrégulière, après leur identification.

Sauf que certains États d’origine des migrants refusent de signer ces genres d’accords. Dans ces cas l’exécution du renvoi des migrants déboutés originaires de ces pays devient compliqué.

Pour y pallier, les États d’accueil, dans le cas d’espèce, les USA, peuvent conclure avec un autre État tiers, la RDC, l‘accord pour admettre les migrants en situation irrégulière aux USA et dont leurs pays d’origine n’ont pas signé les accords de réadmission avec les USA et qui refusent des retours volontaires dans leurs pays d’origine.

La RDC va donc accueillir ces migrants sur son sol à titre provisoire en attendant que ces derniers acceptent de rentrer volontairement dans leurs pays d’origine respectifs. Le but d‘un tel accord n’est pas d’installer ces étrangers en RDC dans le cas d’espèce, mais plutôt d’inciter ces migrants à accepter de retourner volontairement dans leurs pays d’origine ou d’inciter leurs pays d’origine respectifs de réadmettre leurs ressortissants.

Car aucun migrant ne peut accepter d’être renvoyé dans un pays étranger où il va rencontrer des difficultés de réintégration. Et leurs États respectifs vont devoir les réadmettre sans condition une fois qu’ils constatent que leurs ressortissants se retrouvent dans un pays étranger avec des difficultés de réintégration.

De tels accords vont aussi décourager l’immigration dite abusive des ressortissants de ces États concernés aux USA.

Il s‘agit ici non pas de la réadmission de ces étrangers en RDC mais plutôt de leur admission à titre très provisoire sur le sol congolais (comme a dit le ministre de l’information de la RDC) en dérogation aux conditions d’admission des étrangers et cela en vertu d‘un accord international.

Comme a relevé le journaliste Israël Mutombo face au ministre, si cet accord profite bien aux USA, la question qui peut se poser est celle de savoir s‘il profite aussi à la RDC, étant donné que les relations étatiques sont une question d’intérêts.

Pour cela il faut lire cet accord.

Mais dans la pratique, comme a dit le ministre de l’information de la RDC, les USA doivent financer toutes les opérations liées à la concrétisation de cet accord, comme l’établissement des documents de voyage et de séjour temporaire en RDC, le voyage, le court séjour en RDC de ces ressortissants étrangers et même certains projets sur place en leur faveur.

Il sied de préciser que ces gens ne sont pas des criminels. Être un étranger en situation irrégulière dans un pays d’accueil en se faisant renvoyer de celui-ci, ne fait pas de cet étranger un criminel. L’exécution du renvoi d‘un étranger est une mesure administrative et non pénale.

Me Alfred Ngoyi
spécialiste en droit de la migration