Après des années de violences intercommunautaires, les populations Hema et Lendu de quatre groupements du territoire de Djugu ont officiellement tourné la page du conflit. Grâce à une initiative de dialogue de proximité soutenue par la MONUSCO, les deux communautés renouent avec une cohabitation pacifique autrefois brisée. Mais il aura fallu du temps pour y parvenir.
Depuis 2017, les Hema et les Lendu vivaient séparément. Dans les groupements de Penyi et Bedu-Ezekere, les habitants évitaient tout contact avec leurs voisins Hema de Tambaki et Sala. Chacun fréquentait ses propres marchés, écoles, églises et structures sanitaires. Même les mariages entre membres des deux communautés avaient été suspendus.
« On revient de loin… Depuis 2017, chaque communauté vivait dans son coin. Des couples se sont séparés simplement parce que l’un était Lendu et l’autre Hema. Cette situation a été aggravée par les groupes armés qui prétendaient protéger chacun “sa” communauté. Aujourd’hui, plus rien de tel : preuve que tout est possible quand on le veut », témoigne Élisabeth Buve, membre du Réseau des Femmes Médiatrices de l’Ituri (REFEMI).
Depuis mai 2025, des femmes issues des deux communautés, formées par la MONUSCO à la médiation communautaire, sillonnent les villages de Bedu-Ezekere, Penyi, Tambaki et Sala. Leur mission : reconstruire les liens brisés et promouvoir la cohésion sociale. « Nous commençons par former les mamans à la sensibilisation, puis nous allons dans les marchés, écoles ou églises pour parler de la paix. Les résultats sont visibles », explique Ngoyi Abitani, femme leader du groupement de Bedu-Ezekere.
Le rôle de la MONUSCO a été déterminant. À travers ses sections Genre et DDR-S, la Mission onusienne a formé plus de 80 femmes médiatrices dans toute la province. Ces dernières ont participé à la rédaction d’un plaidoyer national pour la paix, présenté à Kinshasa en juin 2025. « Sans les fonds de la MONUSCO, on n’allait certainement pas y arriver », souligne Marthe Dheve du REFEMI.
Les signes de réconciliation sont désormais visibles. Les marchés sont à nouveau partagés, les champs cultivés ensemble, les échanges téléphoniques entre Hema et Lendu sont fréquents. Un mariage mixte a même été célébré à Tambaki, une première depuis huit ans. « Nous allons chez les Hema pour acheter des vaches sans crainte. La paix nous donne la liberté de travailler », confie Ngoyi Abitani.
Cette initiative de dialogue de proximité a permis de réduire sensiblement les tensions à Djugu. Un comité mixte Hema-Lendu assure désormais le suivi des engagements et lutte contre la désinformation. Les communautés ont appris à dissocier les actes des groupes armés de leur identité. « Si une milice commet un crime, nous dénonçons l’acte sans accuser une communauté », explique une enseignante Hema.
Lors de sa visite en Ituri fin septembre, la Cheffe adjointe de la MONUSCO, Vivian Van de Perre, a salué cette réconciliation exemplaire et appelé à sa duplication dans d’autres zones de la province.
Thierry Bahati Rafiki
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