Quatre ans après « Dans le ventre du Congo », Blaise Ndala revient avec un roman ample et incandescent, «L’équation avant la nuit » (Éditions JC Lattès). Dans ce nouveau récit, l’écrivain congolais-canadien s’aventure aux carrefours de l’histoire, de la mémoire et de la condition humaine, en convoquant aussi bien l’ombre des totalitarismes européens que les blessures coloniales africaines.
Le roman s’ouvre sur une conférence universitaire où un écrivain, observateur malgré lui, voit surgir le fantôme d’un passé lié au nazisme et aux zones d’ombre du Congo belge. Dès les premières pages, Ndala met en tension mémoire collective et héritages encombrants, rappelant combien les histoires nationales ne cessent de s’entrelacer dans des destins intimes.
Derrière la fiction, c’est l’histoire qui resurgit avec ses énigmes : l’évocation d’un étudiant africain de dix-neuf ans, mystérieusement mêlé aux tractations de la Seconde Guerre mondiale autour de l’uranium congolais, interroge la place de l’Afrique dans les grands récits du 20è siècle. Comme souvent chez Ndala, le passé n’est pas un décor, mais une question brûlante adressée au présent.
Le roman ne se limite pas à l’évocation du Congo. Il met aussi en résonance les luttes d’ailleurs : celles des peuples autochtones d’Amérique face à l’extractivisme, celles des sociétés fragilisées par la prédation des ressources naturelles, hier comme aujourd’hui. Du Katanga aux forêts boréales du Canada, Ndala dénonce un système qui continue de vampiriser la terre et les peuples au nom des marchés mondiaux.
Mais « L’équation avant la nuit » n’est pas qu’une fresque historique ou politique. Le livre est traversé par une réflexion intime sur le rôle de l’écrivain, la place de la littérature dans la société et le pouvoir des mots face à l’oppression. « Mes romans n’ont pas vocation à réparer ou abolir, mais à livrer la somme approximative de mes obsessions et de mes peurs », confie le narrateur – un aveu qui dit la tension entre lucidité et engagement.
Avec ce quatrième roman, Blaise Ndala confirme sa singularité : celle d’un écrivain qui refuse les certitudes faciles, et qui préfère la complexité des voix, des mémoires et des héritages. « L’équation avant la nuit » se lit comme une méditation sur le poids du passé, mais aussi comme un cri contre l’oubli et l’injustice contemporaine. Un texte puissant, où l’Afrique, l’Europe et les Amériques se reflètent dans un même miroir fissuré.
Justice M. Kangamina
Plus d'histoires
RDC: Mme Zoë Ware remplace Mme Alyson King à la tête de l’ambassade du Royaume-Uni à Kinshasa
Goma: 51 nouveaux médecins prêtent serment d’Hippocrate devant le président provincial de l’ordre des médecins Nord-Kivu
RDC: vice-président du PPRD, Aubin Minaku arrêté cette nuit