16/01/2026

Le Regard

De l’information fouillée et vérifiée

Prévention des attaques des sites de déplacés par des miliciens: les communautés et autorités locales de l’Ituri outillées par la MONUSCO

 

La province de l’Ituri héberge plus d’un million cinq cents mille personnes déplacées réparties sur soixante-huit sites majoritairement dans les territoires de Djugu et d’Irumu. Dans le territoire de Djugu, les sites de Djaiba, Lala, Plaine Savo, Drodro, pour ne citer que ceux-là, font régulièrement l’objet d’attaques des groupes armés, avec parfois mort d’hommes.

Parmi les causes de ces attaques, il y a la présence des débits de boissons ou de maisons de tolérance à l’intérieur des sites, ou encore celle de miliciens qui viennent y cacher des armes ou se réfugier, après être allés commettre des exactions dans d’autres localités.

Afin de prévenir les attaques des sites de déplacés, la Section des Affaires civiles de la MONUSCO en Ituri, a, du 26 mars au 4 avril 2025, organisé à travers le territoire d’Irumu des sensibilisations et ateliers de renforcement des capacités des membres des Comités de déplacés.

C’était en collaboration avec la Protection civile, la Commission Nationale pour les Réfugiés, les ONGs AIDES et Caritas en charge de la gestion quotidienne des sites.

Plus exactement, il s’agissait d’« ateliers de renforcement des capacités des Comités de déplacés sur l’utilisation des outils d’alerte précoce et le maintien du caractère civil et humanitaire des sites de déplacés ».

Ateliers itinérants, qui a vu l’équipe de la MONUSCO et ses partenaires se rendre tour à tour à Komanda à 75 km au Sud-Est de Bunia (le 26 mars), ensuite à Kengelu à 78 km au Sud de Bunia (le 28 mars), Kasenyi à 40 km à l’Est de Bunia (le 2 avril) et enfin Tchomia situé à 40 km à l’Est de Bunia (le 4 avril).

Comment prévenir les attaques des sites de déplacés ?

D’abord, en rappelant aux participants, aux autorités et communautés locales, le caractère civil d’un site de déplacés : aucune arme, aucun effet militaire, aucune force de l’ordre armée, aucun milicien ne devrait se retrouver dans un site de déplacés.

Ensuite, en rappelant aux communautés et autorités locales l’utilisation des outils d’alerte précoce mis en œuvre par la Mission onusienne, notamment des « numéros verts », gratuits, que la population peut appeler gratuitement pour signaler une attaque imminente : c’est par exemple le 0817116460 pour la région de Tchabi, 0817116469 pour Komanda, ou encore 0817116489 et 0971063924 pour la région de Bogoro qui couvre Kengelu, Kasenyi et Tchomia.

Par ailleurs, tout au long du parcours de l’équipe de la MONUSCO, les communautés, mais aussi les déplacés eux-mêmes, ont été sensibilisés au respect du règlement d’ordre intérieur d’un site de déplacés qui proscrit par exemple : la présence des armes et des effets militaires dans le site, des espaces de tolérance ou des débits de boissons, ou encore la vente de chanvre dans les sites.

On le voit, il faut plus que les patrouilles de la MONUSCO, avec ou sans les FARDC, qui empêchent certes presque quotidiennement les attaques des sites de déplacés par les miliciens.

« Cet atelier était une occasion pour les membres des Comités de déplacés de se rappeler, tout en les mettant en application, les règlements d’ordre intérieur qui gèrent la vie quotidienne des déplacés dans les sites. Les patrouilles de casques bleus conduites quotidiennement autour des suites permettent certes de repousser et de réduire les menaces des groupes armés. Mais seules, elles ne suffisent pas. Le partage des outils d’alerte précoce, dont l’utilisation des numéros verts, le respect du règlement d’ordre intérieur peuvent aussi aider à réduire l’exposition aux menaces des groupes armes », déclare Sado Bahemuka de la Section des Affaires civiles de la MONUSCO/Bunia.

Restaurer la confiance entre la population et les services de sécurité

Les participants (déplacés, autorités locales et leaders communautaires), plus de 200, dont une soixantaine de femmes, ont promis de vulgariser les enseignements reçus à leur tour auprès des membres de leurs structures respectives, ainsi qu’aux déplaces en général.

Ackim Byaruhanga est le représentant du Comité Associatif Résolu pour la Protection et la Défense des Droits Humains (COARDHO) dans la région du Lac Albert, basé à Tchomia ; il déclare que cet atelier était « très important » et grâce aux mécanismes « découverts », il effectuera désormais mieux son travail :

« Ce que je retiens le plus de cet atelier, c’est le fonctionnement des mécanismes d’alerte précoce. Ca me parait très important, nous ne le connaissions pas avant. Auparavant, on alertait en désordre, parfois, on ne savait même pas vers qui remonter les alertes sécuritaires. Grâce à cet atelier, on est désormais capables d’alerter les décideurs en temps réel et surtout gratuitement. Ce qui ne peut que contribuer à améliorer la sécurité des populations, surtout des personnes déplacées », affirme-t-il.

D’ores et déjà, et selon des chiffres des partenaires humanitaires, seulement entre vendredi 4 avril et lundi 7 avril, plus de 3000 retournés ont été enregistrés dans le site de Tchomia où la sécurité s’est améliorée ces derniers jours ; mais surtout, grâce au rétablissement de la confiance entre les forces de sécurité (Police et FARDC notamment) et la population locale, qui était aussi l’un des objectifs de ces sensibilisations de la MONUSCO.

Le même atelier sera organisé du 14 au 20 avril prochain, dans le territoire de Mahagi cette fois, précisément dans les sites de Mahagi-centre, Ngote, Ramogi1 et Ramogi2.

Thierry Bahati Rafiki depuis la province de l’Ituri