14/12/2025

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Conseil de sécurité: la MONUSCO prête à mettre ses capacités à profit pour la mise en œuvre du cessez-le-feu dans l’Est de la RDC

La Cheffe de la MONUSCO, Bintou Keita a présenté une situation sécuritaire très alarmante de la République démocratique du Congo, jeudi 27 mars 2025, lors de la 9887ème conférence du Conseil de sécurité des Nations Unies, à New-York, .

Dans son discours, la Patronne de la Mission de paix en RDC, a, entre autres déploré le non-fonctionnement du secteur bancaire dans les zones sous autorités de facto qui complique la réponse humanitaire et la vie de la population en général dans l’Est du pays.

Devant notamment des représentants des pays voisins de la RDC et d’autres,  Mme Bintou a révélé que l’offensive de l’AFC/M23, à travers des confrontations avec les FARDC, les déplacements massifs qui ont suivi, ainsi que l’afflux de combattants et de prisonniers évadés, ont accru la vulnérabilité des filles et des femmes aux violences sexuelles liées aux conflits.

Pour elle, il est impératif de
documenter systématiquement les cas pour garantir que toutes les victimes
obtiennent justice et réparations.

Au cours de la même déclaration, la Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies en RDC a indiqué que la MONUSCO se tient prête à mettre ses capacités à profit pour la mise en œuvre d’un éventuel cessez-le-feu.

 

DÉCLARATION DE MME BINTOU KEITA

27 March 2025, New York

Madame la Présidente,
Distingués membres du Conseil de sécurité, Son Excellence Monsieur le Ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Son Excellence Monsieur le Représentant permanent de la République démocratique du Congo auprès des Nations Unies, Son Excellence Monsieur le Représentant permanent de l’Angola auprès des Nations Unies, Son Excellence Monsieur le Représentant permanent du Burundi auprès
des Nations Unies,

1. Je vous remercie pour cette opportunité d’échanger sur la situation
alarmante qui prévaut en République démocratique du Congo et des efforts
constants de la MONUSCO pour mettre en œuvre son mandat en dépit de
défis considérables.

2. Le contexte politique et sécuritaire reste tendu en raison de l’expansion dans l’Est de la République démocratique du Congo, de l’Alliance Fleuve Congo [AFC] et du Mouvement du 23 mars [M23], soutenus par les forces de défense rwandaises. Cela a conduit le Conseil à tenir des sessions urgentes, les 26 et 28 janvier ainsi que le 19 février, qui ont abouti le 21 février à l’adoption de la résolution 2773.

3. Le Conseil des droits de l’homme a, pour sa part, convoqué le 7 février
une session extraordinaire sur la situation des droits de l’homme dans l’Est de la République démocratique du Congo, aboutissant à la Résolution
RES/S-37/1, qui crée une mission d’établissement des faits, récemment
constituée, ainsi qu’une commission d’enquête indépendante sur les
violations graves des droits humains et du droit international humanitaire
commises dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu depuis janvier 2022.

4. Cette initiative renforce les efforts similaires entrepris par la Cour
pénale internationale, pour traiter les crimes commis au Nord-Kivu durant
cette période.

Madame la Présidente,

Distingués membres du Conseil,

11. La situation des droits humains se détériore gravement. Ces derniers
mois, la province du Nord-Kivu a enregistré le plus grand nombre de
violations et d’atteintes aux droits de l’homme. Ces cas de graves abus
contre les civils incluent des exécutions sommaires de plus d’une centaine
de personnes, des enlèvements et des recrutements forcés de jeunes, y
compris d’enfants ainsi que des cas de conscription et de travail forcé.

12. En Ituri, les ADF et CODECO poursuivent leurs exactions et aggravent
une situation des droits de l’homme déjà très alarmante.

13. Les femmes et les enfants demeurent les principales victimes au Nord-Kivu et en Ituri, avec des violations graves des droits de l’enfant touchant 403 enfants, dont 90 filles entre le 1 décembre 2024 et le 28 février 2025. Ces violations incluent des enlèvements, meurtres, mutilations,
recrutements forcés, attaques contre des écoles et violences sexuelles.

14. L’offensive de l’AFC/M23, à travers des confrontations avec les FARDC,
les déplacements massifs qui ont suivi, ainsi que l’afflux de combattants et
de prisonniers évadés, ont accru la vulnérabilité des filles et des femmes aux
violences sexuelles liées aux conflits. Le Bureau Conjoint des Nations Unies
pour les Droits de l’Homme a recensé des centaines de cas au Nord-Kivu, au
Sud-Kivu et en Ituri. L’impunité favorise la récidive, il est donc impératif de
documenter systématiquement les cas pour garantir que toutes les victimes
obtiennent justice et réparations.

15. La situation humanitaire dans les provinces de l’Est reste critique, avec
une augmentation dramatique des besoins. Les affrontements avec le M23
ont contraint des centaines de milliers de civils à fuir. Les communautés
déplacées subissent souvent des pressions pour retourner dans leurs lieux d’origine, sans conditions de sécurité adéquates.

16. L’accès humanitaire reste entravé dans de nombreuses zones en
raison de l’insécurité et de la présence de groupes armés. La fermeture
prolongée des aéroports de Goma et de Kavumu constitue un obstacle
majeur à l’acheminement de l’aide. Le non-fonctionnement du secteur
bancaire dans les zones sous autorités de facto complique également la
réponse humanitaire, mais également la vie de la population en général.

17. En Ituri, la recrudescence des attaques de groupes armés et des
affrontements entre ceux-ci et les UPDF déployées ont exacerbé la violence
contre les civils, augmentant les besoins humanitaires et compliquant
l’accès. Depuis janvier, plus de 100.000 personnes ont été forcées de fuir
dans le seul territoire de Djugu.

18. Cette aggravation de la situation intervient dans un contexte global de
crise de financement. Le Plan de Réponse Humanitaire 2025 n’est pour le
moment financé qu’à hauteur de 8,2 % contraignant les acteurs
humanitaires à effectuer des priorisations extrêmes.

Madame la Présidente,

Distingués membres du Conseil,

23. La MONUSCO reste déterminée à soutenir les initiatives de paix
régionale en cours. J’encourage toutes les initiatives de paix régionales à
adopter une approche sensible au genre. Je salue la nomination de deux
femmes au sein du panel de facilitateurs de l’initiative conjointe SADC-EAC.
De plus, il est essentiel que le processus de Nairobi prenne en compte la
spécificité des femmes combattantes dans les groupes armés.

24. Conformément à la résolution 2746, la MONUSCO a continué à soutenir les troupes de la SAMIRDC en fournissant une aide logistique et en facilitant les évacuations médicales ainsi que le rapatriement des soldats tombés au front.

25. La Mission se tient prête, également, à mettre ses capacités à profit pour la mise en œuvre d’un éventuel cessez-le-feu.

26. La détérioration dramatique de la situation sécuritaire dans l’Est du
pays a eu un impact majeur sur les discussions entre la MONUSCO et les
autorités congolaises concernant le désengagement progressif et responsable de la Mission et la transition au Sud-Kivu.

La mise en œuvre de
la feuille de route provinciale du Gouvernement du Sud-Kivu pour la
transition a été suspendue suite à la prise de Bukavu par l’AFC/M23. Les
efforts du Groupe de travail conjoint – composé du Gouvernement, de la
MONUSCO et de l’équipe de pays des Nations Unies – pour définir les
modalités de planification du désengagement de la Mission des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ont également été compromis, car plusieurs
hypothèses de planification sont désormais caduques.

27. Cependant, la Mission réaffirme sa détermination de poursuivre les
discussions de désengagement et de transition avec le Gouvernement.