18/08/2026

Le Regard

De l’information fouillée et vérifiée

De Jemimah Mogwo aux victimes anonymes de Kinshasa : l’État face à l’obligation de vérité sur l’insécurité urbaine

La mort de la journaliste Jemimah Mambara Mogwo, en novembre 2024, a provoqué une émotion profonde dans le monde des médias et au sein de l’opinion publique congolaise.

Au-delà de la douleur d’une famille et d’une corporation professionnelle endeuillée, cette disparition soulève une question fondamentale : l’État congolais est-il capable de garantir efficacement la sécurité de ses citoyens et de faire toute la lumière sur les crimes commis sur son territoire ?

Les premières informations ont évoqué une agression attribuée à des bandits urbains. Cette piste doit être examinée avec sérieux. Mais dans un État de droit, aucune conclusion définitive ne peut remplacer une enquête complète.

La justice doit établir les circonstances exactes du drame, identifier les auteurs, déterminer leurs motivations et rechercher d’éventuelles responsabilités au-delà des exécutants.

Car le cas de Jemimah Mogwo ne peut être isolé du contexte général de l’insécurité urbaine à Kinshasa.

Depuis plusieurs années, de nombreuses familles rapportent des attaques nocturnes, des vols armés et des violences qui entretiennent un climat permanent de peur.

Ces événements ont laissé une profonde marque dans la mémoire des habitants de Kinshasa.

D’où une question essentielle : face à la répétition des violences, la réponse de l’État est-elle à la hauteur des attentes de la population ?

La question est d’autant plus sensible que des voix venant même de l’intérieur de l’appareil sécuritaire ont déjà alerté sur la nécessité d’examiner les possibles complicités qui pourraient exister autour du phénomène du banditisme urbain.

Les déclarations publiques de l’officier de police Junior Mboso Kazadi sur d’éventuelles complicités entre certains éléments des forces de sécurité et des criminels ont ouvert un débat qui mérite d’être traité par des enquêtes sérieuses plutôt que par des polémiques.

Loin des accusations, proche du droit

Il ne s’agit pas d’affirmer que l’État organise ou entretient la criminalité.

Mais il est légitime de poser une question démocratique : lorsque l’insécurité persiste, lorsque des criminels semblent parfois disposer de moyens importants, lorsque certaines affaires restent sans réponses publiques claires, quelles sont les responsabilités institutionnelles à interroger ?

La responsabilité première de l’État est de protéger. Elle consiste aussi à enquêter, à identifier les auteurs, à poursuivre les responsables et à communiquer avec transparence sur les résultats obtenus.

Dans l’affaire Jemimah Mambara Mogwo, comme dans les autres drames vécus par des familles congolaises, la vérité est une exigence nationale.

La population ne demande pas seulement des déclarations ; elle attend des résultats.

Rendre justice à Jemimah Mogwo et à toutes les victimes anonymes de Kinshasa, c’est démontrer que la vie humaine a une valeur, que les crimes ne peuvent être absorbés par le silence et que l’autorité de l’État se mesure aussi à sa capacité à protéger les plus vulnérables.

Car au-delà du banditisme, c’est une question de confiance entre les citoyens et leurs institutions qui est posée.

À la suite de ce drame, plusieurs organisations, notamment l’Association congolaise des femmes journalistes de la presse écrite (ACOFEPE), la Ligue des Femmes des Médias (LFM) et Journaliste en Action (JA ASBL), ont réclamé une enquête indépendante, transparente et crédible afin d’établir les responsabilités.

Les circonstances du Décès de la journaliste Jemima Mogwo

Selon les different médias, Elle est décédé deux semaines après son agression par des jeunes hors-la-loi surnommés à Kinshasa « Kulunas ».

« La présentatrice du journal de 23h00 à la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC), Jemima Diane Mogwo, a succombé des suites de ses graves blessures, ce dimanche 24 novembre 2024. Elle était internée à l’hôpital du Cinquantenaire, après une agression violente des délinquants sur l’avenue du 24 novembre en face même de cet hôpital. La nouvelle de son décès a été confirmée par les membres de sa famille « , annonçait CONGOPROFOND.NET ce jour là !

La source signalait en outre que, c’était le mardi 12 novembre 2024 aux alentours de 23H30 passé, que l’agression avait eu lieu alors qu’elle revenait de la chaîne de télévision où elle avait présenté le journal télévisé de 23H00.

Face à l’indisponibilité du bus de la RTNC, soulignait le même média, la journaliste avait pris l’option de prendre une moto toute seule jusqu’à chez elle, dans la commune de Bandalungwa.

« Après avoir dépassé l’entrée du camp Kokolo, la journaliste et son motard sont tombés dans un guet-apens tendu par une bande de kulunas. Sous la menace de ces hors-la-loi, visant particulièrement la moto, l’un des agresseurs va frapper durement la journaliste à la tête, près de l’œil. Écroulée par terre, Jemima Mogwo a même perdu connaissance.
C’est grâce à l’intervention courageuse d’un policier que la journaliste a été tirée des griffes de ces voleurs, puis amenée à l’hôpital du Camp Kokolo », avait rapporté la même source.

Parousia Makanzu