Sur les planches du Festival Ngoma, une voix a traversé la salle comme une décharge. Avec « La traversée du désert », la Biso Compagnie, venue de Kinshasa, a frappé les esprits en portant haut un cri contre les violences faites aux femmes.
Le texte, signé par l’autrice française Elsa Solal, trouve toute sa résonance dans la mise en scène sobre et percutante de Wedou Wetungani. Seule en scène, la comédienne Beniera Ozenge met à nu les plaies invisibles des violences conjugales, celles qui se cachent derrière le vernis de « l’honorabilité ».
« Parfois l’honorabilité est le masque préféré de la violence », lâche-t-elle, entre douleur et défi. Son récit n’est pas une fiction embellie : il est fait de coups reçus dans le silence du foyer, de cicatrices portées dans l’ombre, de voix étouffées derrière la façade sociale. Le cercle de femmes qu’elle convoque devient un miroir collectif : celui de milliers de victimes anonymes, en Afrique comme ailleurs, enfermées dans la honte et la peur.
Le texte convoque aussi les fantômes : celui de Sylvie, morte sous huit coups de couteau, victime d’un homicide domestique. Mais au-delà du drame individuel, la pièce interroge la racine du mal : ce droit usurpé, inscrit dans des mentalités séculaires, qui a trop longtemps laissé croire que l’homme pouvait battre, violer, posséder.
« Je crie à la violence et nul ne répond », répète la comédienne, lançant au public une interrogation brutale : qui recevra la plainte des femmes battues, violées, assassinées ?
Par sa force poétique et sa charge politique, « La traversée du désert » était bien plus qu’une représentation dans cette quinzième édition du Festival Ngoma. Plus qu’une pièce, un espace de vérité où la douleur intime devient parole publique, transformant la scène en tribunal moral.
Justice M. Kangamina
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