Cinquième jour du Festival Ngoma, et la scène s’est faite miroir d’une mémoire meurtrie. Le Collectif des artistes de l’Ituri a présenté, jeudi soir, « Le royaume Nkuti, la terre en sang », un texte de Nathan Matabaro, porté sur scène avec une intensité bouleversante par Patrick Nkang Cheng et Micheline Nagandu.
L’histoire nous ramène dans un village fictif mais aux résonances bien réelles : une terre riche en uranium, dont le sous-sol nourrit les armes nucléaires du monde, mais qui n’a récolté que la mort. Au cœur du récit, Maman Mado, vieille femme digne et porteuse de mémoire, témoigne des massacres, des flammes qui ont consumé son village, et des cicatrices impossibles à refermer.
À ses côtés, Ngazi, un jeune resté au village, incarne la jeunesse sacrifiée de l’Ituri. Sa voix résonne comme un cri : « J’ai grandi avec des bruits de balle, mon père est mort quand le père libérateur a pris le pouvoir… Pourquoi nous, pourquoi seulement nous, nos terres, notre or, notre coltan ? » Son refus d’être effacé devient manifeste : « Je refuse de mourir en silence… Ils ne pourront jamais nous effacer tant que quelqu’un racontera notre histoire. »
Le texte de Matabaro convoque aussi les fantômes des rébellions qui ont ravagé la région. La Délégation de Libération (DL), venue avec des promesses de justice, n’a laissé que villages en cendres, femmes violées et enfants soldats. La Coalition pour la Démocratie Réelle (CDR) a travesti la démocratie en machine à diviser pour mieux régner.
Quant au Congrès National (CN), il n’était qu’une farce, une marionnette agitée par des puissances invisibles. « On ne libère pas un peuple en remplissant de fausses communes », martèle la pièce, dénonçant les dialogues hypocrites et les accords de paix vides, pendant que d’autres s’enrichissent du sang et des ressources de l’Ituri.
Dans ce chaos, un choix se dessine. Kasi, jeune du royaume, prend les armes pour défendre sa terre, malgré les supplications de Maman Mado qui, déjà, a vu trop de sang couler. Le dilemme moral devient alors la trame : faut-il porter les armes pour survivre, ou risquer l’effacement en se taisant ?
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Par sa densité dramatique, « Le royaume Nkuti, la terre en sang » ne se contente pas de raconter : il accuse, il exhume, il interpelle. Le public, suspendu aux mots, a reçu le spectacle comme une mise en garde : tant que la mémoire vivra, aucun royaume ne pourra être totalement réduit en silence.
Justice M. Kangamina
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