22/01/2026

Le Regard

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Festival Ngoma 15 : quand Yampa Création fait du conte une leçon de vie

Après deux soirées théâtrales intenses, la troisième journée du Festival Ngoma 15 a changé de registre, laissant place à l’art ancestral du conte. Venu de Kinshasa, le collectif Yampa Création a électrisé la salle par une performance où la musique traditionnelle, les proverbes et l’interaction avec le public se sont fondus dans une expérience collective rare.

Fidèle au rendez-vous, le public de l’espace culturel Ngoma s’est vu happé par deux récits magistralement contés, oscillant entre drame et légèreté, où la langue, parfaitement équilibrée, a su retenir chaque souffle de l’auditoire.

Ntianta et la tentation des eaux

Premier récit de la soirée : l’histoire de Ntianta, petit-fils d’un pêcheur mythique capable de nourrir tout un village. Lui, au contraire, n’attrapait jamais plus de cinq poissons. Méprisé, rejeté par la sublime Tullia, il croisera un jour, à la tombée du soleil, une divinité aquatique : Mami-Wata. De ce pacte avec l’esprit des eaux naquirent richesse et gloire, mais aussi orgueil et infidélité.

Ntianta, en trahissant sa promesse de fidélité, vit son corps pourrir lentement sous l’effet d’une morsure de serpent. Abandonné de tous, il s’éteignit dans une odeur de décomposition, victime de sa cupidité. Moralité implacable : l’homme qui trahit sa parole se détruit lui-même.

Mandja, le chasseur humilié

Le deuxième conte, à la fois dramatique et grotesque, fit éclater rires et frissons dans la salle. Mandja, jeune chasseur intrépide, osa courtiser la fille d’un roi qui exigeait mille vaches pour la céder en mariage. Mais la tentation fut trop forte : il viola la princesse et s’enfuit, déclenchant la colère royale.

En quête d’échappatoire, il accepta un pacte insensé avec un féticheur : perdre ses testicules et son sexe pour prouver son innocence. De retour au village, blanchi par cette mutilation, il tenta plus tard de récupérer ses attributs. Hélas, le féticheur était mort et son fils, inexpérimenté, commit une erreur fatale : le sexe de Mandja réapparut… sur son front. Tragédie et dérision entremêlées, ce conte a déclenché dans la salle un mélange de stupeur et de rires nerveux.

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En une soirée, Yampa Création a rappelé la force du conte : instruire par le rire, corriger par le récit, bousculer par la métaphore. Dans un festival dominé jusque-là par le théâtre, le passage au conte a ouvert une brèche, celle d’une parole vivante où le public devient acteur, complice et juge.

Justice M. Kangamina