À dix jours de la marche nationale annoncée par l’opposition pour le 22 juillet, les appels en faveur d’une décrispation politique se multiplient en République démocratique du Congo. Dans un climat marqué par la montée des tensions autour du projet de réforme constitutionnelle, plusieurs observateurs estiment que les confessions religieuses pourraient, une nouvelle fois, jouer un rôle déterminant pour éviter une nouvelle impasse politique.
Une analyse publiée par le média en ligne Opinion-Info.cd met en lumière les défis auxquels sont confrontés les principaux acteurs religieux congolais, appelés à retrouver leur statut de médiateurs crédibles malgré les divisions qui traversent aujourd’hui le paysage confessionnel.
Une crise politique qui se durcit
Le 9 juillet dernier, au terme d’une mission au Burundi, les leaders de l’opposition ont confirmé le maintien de la manifestation prévue le 22 juillet. À travers cette mobilisation, ils exigent notamment l’abandon définitif du projet de révision de la Constitution, la libération des prisonniers d’opinion, la fin des poursuites judiciaires qu’ils jugent sélectives ainsi qu’une véritable décrispation du climat politique.
De son côté, le président Félix Tshisekedi continue d’afficher une ligne de fermeté, notamment face à certaines personnalités accusées d’atteinte à la sûreté de l’État ou de participation à des mouvements insurrectionnels. Cette posture, conjuguée à la radicalisation du discours de l’opposition, laisse néanmoins entrevoir la nécessité d’un espace de dialogue susceptible de prévenir une escalade politique.
L’histoire récente de la RDC montre que les périodes de fortes tensions ont souvent conduit les acteurs politiques à solliciter l’intervention des responsables religieux. L’Accord de la Saint-Sylvestre, conclu sous la médiation de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- en décembre 2016, demeure à ce jour l’exemple le plus marquant de cette capacité de facilitation.
La CENCO face au défi de la confiance
Si la CENCO conserve une importante légitimité morale auprès d’une partie de l’opinion, sa mission de médiation apparaît aujourd’hui plus délicate qu’auparavant. Son engagement régulier sur les questions de gouvernance, de démocratie et de respect des droits fondamentaux lui vaut d’être régulièrement accusée, par certains membres de la majorité, d’adopter des positions proches de celles de l’opposition.
Consciente de ces réserves, l’Église catholique poursuit la promotion de son «Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble dans la sous-région des Grands Lacs», une initiative qui ambitionne de créer un cadre permanent de dialogue entre les différentes composantes de la nation.
L’enjeu, souligne l’analyse d’Opinion-Info.cd, est désormais de convaincre toutes les parties que cette démarche répond avant tout à un impératif de stabilité nationale plutôt qu’à une logique d’affrontement politique.
Le CIC tente de s’imposer comme une alternative
Parallèlement, le Conseil interreligieux congolais -CIC-, conduit par l’archevêque Dodo Israël Kamba, gagne progressivement en visibilité sur la scène nationale.
Depuis plusieurs semaines, cette plateforme multiplie les consultations auprès des institutions, des partis politiques et des organisations de la société civile afin de promouvoir un mécanisme fondé sur la vérité, la réconciliation et la cohésion nationale.
Grâce à ses canaux de communication avec la Présidence comme avec les principales forces politiques, le CIC apparaît aujourd’hui comme un acteur capable de rapprocher des positions longtemps restées inconciliables.
Une unité religieuse encore fragile
L’analyse relève toutefois que l’unité des confessions religieuses reste loin d’être acquise. L’Église du Christ au Congo -ECC-, présidée par le révérend docteur André Bokundoa bo-Likabe, continue de défendre une approche privilégiant le dialogue tout en dénonçant les dérives susceptibles de fragiliser la cohésion nationale.
À l’inverse, certaines prises de position de responsables de l’Église du Réveil du Congo -ERC-, dirigée par l’archevêque Ejiba Yamapia, notamment en faveur du changement de la Constitution présenté comme relevant d’une « volonté divine », alimentent les critiques et interrogent sur leur capacité à jouer un rôle consensuel.
Opinion-Info.cd rappelle également que la Commission d’intégrité et de médiation électorale -CIME-, coordonnée par Idryss Katenga, dispose d’une expérience reconnue dans la facilitation des dialogues politiques ayant conduit aux discussions de la Cité de l’Union africaine entre 2014 et 2018, un savoir-faire qui pourrait être de nouveau sollicité.
Le test de la décrispation
Au-delà des initiatives de médiation, plusieurs analystes estiment que le véritable test résidera dans les gestes de décrispation que pourraient poser les différents protagonistes.
La question de la libération des prisonniers politiques, l’arrêt des poursuites judiciaires jugées sélectives, notamment dans certains dossiers emblématiques ainsi que la création de garanties suffisantes pour un dialogue inclusif figurent parmi les principales attentes exprimées par l’opposition et une partie de la société civile.
Dans un contexte où les tensions politiques se superposent aux défis sécuritaires persistants dans l’Est du pays et aux préoccupations socio-économiques, la capacité des confessions religieuses à dépasser leurs divergences internes pourrait peser lourd dans la recherche d’une sortie de crise.
Pour de nombreux observateurs, la crédibilité de toute future médiation dépendra moins du prestige historique des institutions religieuses que de leur aptitude à convaincre aussi bien le pouvoir que l’opposition de leur impartialité. C’est à cette condition qu’elles pourront redevenir des artisans du consensus et contribuer à préserver la paix civile en République démocratique du Congo.
René Kanzuku
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