29/09/2022

Le Regard

De l’information fouillée et vérifiée

Kinshasa: assaut de la police à la résidence de Ne Muanda, des journalistes portés disparus

La police nationale a donné l’assaut à la résidence de Ne Muanda Nsemi pour l’interpeler ce 24 avril 2020. Le ministre de l’Intérieur a dressé un premier bilan de l’assaut meurtrier de 8 morts et d’une quarantaine de blessés. À en croire des mouvements citoyens, trois journalistes kinois sont portés disparus après cet assaut, dont Kevin Phanzu, journaliste reporter à Journal des Nations. Mais, Human Rights Watch affirme « qu’au moins 33 membres du BDK ont été tués. » 47 adeptes du BDK sont actuellement détenus en prison et Ne Muanda Nsemi a été placé au Centre Neuro-Psycho-Pathologique de Kinshasa pour « trouble mental sur fond de stress à répétition ». La résidence du chef du BDK a été totalement pillée, après l’assaut de la police.

Ce n’est pas la première fois qu’une répression sanglante s’abat sur le Bundu dia Kongo -BDK-, la secte politico-mystique de Zacharie Badiengila, alias Ne Muanda Nsemi. Au Kongo central, en février 2007, les forces de sécurité du président Joseph Kabila avaient tué par balles ou à l’arme blanche 104 partisans du BDK et des badauds.

Le mouvement manifestait, souvent violemment, contre la corruption politique du régime Kabila. En mars 2008, plus de 200 partisans du BDK ont été tués par la police et les lieux de réunion du mouvement ont été systématiquement détruits.

Cette année, alors que le président Joseph Kabila a quitté son fauteuil pour être remplacé par l’opposant Félix Tshisekedi, les nouvelles frasques de Ne Muanda Nsemi, toujours en délicatesse avec le pouvoir, ont été de nouveau réprimées dans le sang.

C’est un appel de « l’esprit créateur », la traduction en kikongo de Ne Muanda Nsemi, qui a déclenché cette nouvelle vague de violence. Le Bundu dia Kongo a appelé ses adeptes à chasser de la province les personnes n’appartenant pas l’ethnie Kongo, majoritaire dans l’Ouest de la République démocratique du Congo (RDC). Les actions violentes du BDK ont entraîné une réponse sanglante des autorités congolaises.

La dérive ethnique du Bundu dia Kongo n’est pas nouvelle, et les déclarations politiques fantasques de son leader ont récemment rendu le mouvement incontrôlable. Le 12 avril, Ne Muanda Nsemi, ancien député et président auto-proclamé de la « République fédérale du Kongo Central », a publié son bulletin d’information intitulé « Kongo Dieto », destiné à ses adeptes. Dans ce document de quatre pages, explique Human Rights Watch, il exhortait ses partisans à se lever et chasser « tout Muluba, tout Mungala et tout Muswahili [personnes appartenant à d’autres groupes ethniques] » de la province du Kongo Central et à être « impitoyables » à leur égard.

Le 22 avril, la police a encerclé une maison à Songololo, où des dizaines de membres du BDK, dont des femmes et des enfants, s’étaient rassemblés pour préparer des manifestations. Vers 3h00 du matin, les policiers ont ouvert le feu sans discernement sur la maison, raconte Human Rights Watch. Bilan : « au moins 15 morts » et de nombreux blessés. Des photos et une vidéo qui auraient été prises le matin du 22 avril, et que Human Rights Watch a pu authentifier, montrent plus d’une douzaine de cadavres et de personnes gravement blessées.

LR