19/01/2026

Le Regard

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Le purgatoire: une invention romaine face à la sagesse africaine, analyse de l’écrivain Bukasa Kabwe

Pour le chrétien catholique bien formé à la catéchèse, le purgatoire est présenté comme un passage obligé, une station intermédiaire entre la terre et le jugement dernier. Un lieu de transition, de purification, avant le grand verdict : le paradis ou l’enfer. Ce processus, enveloppé de mystère et d’encens dogmatique, semble apaiser les consciences troublées par l’idée d’un jugement abrupt.

Mais en tant que Kamite, je regarde cette construction avec lucidité. Le purgatoire n’est rien d’autre qu’un état imaginé, un concept fabriqué par le Vatican pour gérer le temps de l’âme après la mort. Une fiction bien huilée, née dans les arcanes de Rome, éloignée des vérités originelles de l’Afrique spirituelle.

Car nos ancêtres n’avaient pas besoin d’un purgatoire pour penser la continuité de l’être. Dans nos traditions, l’âme ne se perd pas dans les limbes d’un entre-deux chrétien. Elle rejoint le monde des ancêtres, elle fusionne avec l’énergie cosmique, elle devient mémoire vivante, guide invisible. Il n’y avait pas de peur du feu éternel ni d’attente incertaine : il y avait la responsabilité ici et maintenant, la justice du vivant, l’équilibre avec Maât.

Le purgatoire, tel qu’enseigné par l’Église, n’est donc pas un pont vers la lumière, mais un mirage théologique. Une stratégie subtile de contrôle des âmes, un prolongement du pouvoir clérical sur le spirituel. Une étape de plus dans le processus de dépossession des savoirs africains.

Il est temps que nous, enfants d’Afrique, reprenions le fil de notre spiritualité. Que nous sortions des couloirs d’attente doctrinaux pour réinvestir nos vérités, nos cosmogonies, nos rites. Le purgatoire n’est pas notre héritage : il est l’ombre d’un dogme importé.