02/10/2026

Le Regard

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 «Né sur des pissenlits»: Jocelyn Danga, la langue de Kinshasa couronnée par le Prix Senghor 2026

Il y a des distinctions qui viennent simplement consacrer un livre. Et puis il y en a qui donnent l’impression de mettre une lumière nouvelle sur tout un univers littéraire. «Né sur des pissenlits», premier roman de l’écrivain et dramaturge congolais Jocelyn Danga,  publié aux Éditions Elyzad, vient de recevoir le «Prix Senghor du premier roman francophone et francophile 2026».

Une reconnaissance qui résonne particulièrement avec l’ambition de ce prix: mettre en lumière de nouveaux auteurs et des textes qui, par leur histoire et leur écriture, méritent de rencontrer davantage de lecteurs.

Dans un entretien accordé à LE REGARD, Jocelyn Danga confie que ce sont notamment «l’histoire», les thématiques abordées et la langue qui auraient retenu l’attention du jury. Son roman suit Muntu, professeur de philosophie à Kinshasa, confronté à la précarité, au déclassement et aux désillusions, avant que son parcours ne le conduise en France.

Derrière cette trajectoire individuelle se dessine une fresque sociale où se croisent la réalité économique et socioculturelle de la RDC, les difficultés du système éducatif, l’expérience de l’exil et, surtout, le rapport profondément affectif qui unit le personnage à sa mère.

Mais «Né sur des pissenlits» se distingue aussi par sa musique. Jocelyn Danga revendique une langue qu’il a voulu préserver, en trouvant, avec son éditrice, un équilibre entre son écriture et les exigences de la narration.

Le jury du Prix Senghor a précisément salué cette singularité, évoquant une langue «truculente», un français nourri de mots issus de l’argot de «Kin la belle», capable de faire dialoguer plusieurs variétés du français.

Cette dimension est également relevée par les critiques littéraires: le lingala, les expressions de Kinshasa et une syntaxe personnelle participent à une écriture qui fait de la ville bien plus qu’un décor. Kinshasa devient une voix, un rythme, presque un personnage du roman.

Cette reconnaissance arrive au terme d’un parcours déjà remarqué dans le théâtre et la littérature. Né à Kinshasa en 1993, Jocelyn Danga est l’auteur d’une dizaine de pièces et de nouvelles. Sa nouvelle «La nuit et l’soldat» lui a valu la médaille d’or du concours Littérature-Nouvelles des Jeux de la Francophonie 2023.

En 2024, son texte «Ne t’étonne pas si ma lettre sent le sel» a notamment fait l’objet d’une lecture au Festival d’Avignon. Avec ce premier roman, il franchit donc une nouvelle étape, sans vraiment quitter l’univers qui nourrit son écriture: celui des trajectoires humaines, de Kinshasa, de l’ailleurs et des liens qui résistent à la distance.

Pour l’auteur, cette distinction possède dès lors une dimension qui dépasse le simple plaisir d’un prix. Elle constitue, dit-il, une reconnaissance qui «encourage», «booste» et «motive» à continuer. Il y voit aussi une confirmation de sa conception de l’écriture comme acte de partage, reprenant une formule attribuée à Tata N’Longi: «L’écriture n’est pas un acte solitaire».

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Le succès de «Né sur des pissenlits» devient ainsi une invitation à poursuivre le dialogue avec les lecteurs. Et justement, le prochain chapitre est déjà en chantier. Jocelyn Danga travaille à son deuxième roman, qui retrouvera l’univers de son personnage à Kinshasa, sans reprendre pour autant la même histoire. La plume, elle, continue donc son bonhomme de chemin.

Myrtille Ekuba