26/05/2024

Le Regard

De l’information fouillée et vérifiée

«RDC, pays des mort-vivants», des révélations troublantes de Darius N’siama Mafhi Kele sur la gestion de la vignette

La Direction générale des recettes de Kinshasa -DGRK- se porte très mal. C’est depuis fin 2022 que les agents et cadres de cette administration fiscale de capitale congolaise réclament le paiement de leurs primes et salaires de mobilisation des recettes de plusieurs mois. En effet, ce personnel fustige la mauvaise volonté du gouvernement provincial qui n’a pas payé les primes de rétrocession. Pour ce faire, le comité syndical de base de la Confédération démocratique du travail -CDT- de la DGRK avait transmis une correspondance au président de l’Assemblée provinciale de  Kinshasa Gode Mpoyi, afin de se pencher sur cette situation. Mais, aucune solution n’a été trouvée. Dans une interview accordée au journal Le Regard lundi 08 mai 2023 sur cette situation, N’siama mafhi kele Darius, chef de division à la DGRK a renseigné  que «le personnel s’est vu être payé une somme dérisoire décidée par le Directeur général, selon son bon vouloir, sans concertation préalable avec le banc syndical. Cet état de chose s’est répété  de manière délibérée en ce qui concerne le paiement de la prime de contentieux qui revient  de droit aux agents chaque trimestre, sur base des chiffres réels». «La RDC est un pays des mort-vivants», a lâché Darius Kele au cours de cet entretien avec Le Regard, avant de faire des graves révélations sur la gestion de l’argent de la vignette.

Vous êtes chef de division au sein de la DGRK. Que revendiquent réellement vos agents et cadres?

La RDC est un pays des mort-vivants. Depuis plusieurs mois, après la grande échéance 2022, le Directeur général n’a  convoqué aucune réunion du comité de direction, d’autant plus que les décisions de la régie se prennent de manière souveraine. Beaucoup se plaignent aussi du fait que sans motif valable, la DGRK se retrouve avec une centaine d’agents et cadres sans affectation. Tout se passe sous l’œil impuissant du gouvernement et de l’Assemblée provinciale. Donc, nous pouvons déduire qu’ils sont complices. Imaginez-vous qu’en ce 21ème siècle, il y a encore des agents et cadres qui ont fait 15 ans de service à la DGRK, toujours journaliers, sans reconnaissance de fonctionnaire de l’État, ni mécanisation.

Quid de la gestion fiscale de la ville de Kinshasa?

La Direction Générale des recettes de Kinshasa reste une très bonne idée que je retiens de la constitution de 2006. Cependant, les politiques budgétaires floues et sans vision de l’actuel gouverneur n’apporteront rien. Il ne maîtrise pas l’instrument en sa possession. Tenez, la fameuse vignette, le paiement de l’impôt sur les véhicules, est produite par un particulier qui en récolte près de 50% des recettes réalisées, la ville, quant à elle, 38% et la DGRK, service qui travaille, gagne 12%. Comment un impôt établi par la loi au bénéfice du collectif, doit être vendu à un individu aussi facilement? Les contribuables jettent leurs contributions à un endroit qui ne produira jamais!

Pourquoi affirmez-vous que La RDC est un pays des mort-vivants?

Ce pays est devenu un cimetière des vivants, parce que nous avons des autorités croque-morts. Vous savez, sans réfléchir aux conséquences, sans études, sans alternative, ni opportunités, le pouvoir central a rabattu depuis le 1er  janvier de l’année en cours, l’impôt sur les revenus locatifs à 10%. Ceci a aussi rabaissé les réalisations mensuelles de cette matière imposable à 50%. Ce qui implique que les agents et cadres de cette régie, dont moi-même, souffriront amèrement les jours à venir avec des maigres salaires. C’est cela le pays des mort-vivants dont je parle.

Etant gestionnaire des impôts et cadre de l’ECIDE de Martin Fayulu, que pensez-vous des performances fiscales sous le régime Tshisekedi?

Là encore, il s’agit des chiffres mensongers, des falsifications financières et des spéculations. S’il y a performance fiscale, les effets doivent se ressentir sur le plan socio-professionnel, sans parler des ménages. Mais la situation est chaotique. La misère est accrue au point que le mensonge est devenu le principe et la vérité l’exception. C’est un régime des prédateurs et des menteurs. Les chiffres sont faussés exprès pour leurrer et alimenter les débats des rues.

Propos recueillis par RB