octobre 22, 2020

Le Regard

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Tribune: Et si on brûlait tout pour repartir à zéro en RDC?

Où sont passées les statistiques journalières de l’équipe de la riposte contre la Covid-19? À Kinshasa, tout le monde ou presque a décidé de laisser cette pandémie, sujette à controverse dès le début, et ses victimes mourir de leur belle mort. De toute façon, il y a plus important! Quoi? Le social des Congolais! Non… pas du tout.

Le peuple, bien aimé par tous ces… leaders politiques, sociaux et religieux, vit déjà très bien sa misère depuis des décennies! En plus, il faut cette misère pour l’empêcher de réfléchir à autre chose que sa propre survie! Il le faut bien pour le manipuler à volonté.

La preuve? Les prix du pain, du riz, du maïs, du transport, de l’eau et de l’électricité ont augmenté sans qu’un seul leader de ceux qui se réclament porte-voix du peuple n’ait, ne serait-ce, toussé. Et donc, le peuple n’a pas battu le pavé pour réclamer ses droits les plus immédiats.

 

Le crédo d’un État de droit dans la réalité d’un non État

 

Cependant, bien que le Président de la République ait déclaré l’Etat d’urgence, que cela ait suscité une polémique entre lui et les présidents des deux chambres du parlement qui y ont vu une violation de la constitution, son parti l’UDPS sera le premier à violer les décisions prises dans le cadre des mesures barrières pour limiter la propagation du Coronavirus dont l’interdiction des attroupements de plus de 20 personnes, entre autres mesures de distanciation physique.

La 10ème rue organise des marches contre l’Assemblée nationale sous l’œil et la barbes d’une police muée pour l’occasion en des unités de la MONUSCO. Elle n’a été qu’observatrice. Ce, malgré les casses et le pillage des biens des certaines personnalités du FCC.

Entre temps, des Kinois qui ont le malheur d’être pris, même seul, avec une bouteille de bière sont arrêtés par la police pour non respect de la décision présidentielle.

A l’occasion de l’examen des 3 propositions des lois Minaku-Sakata, le peuple est appelé dans la rue. Il ne comprend pas ce qui se passe mais il proteste quand même. «On nous a dit que Kabila veut nommer Minaku procureur…», confie un militant déterminé à en découdre avec Kabila.

Ailleurs, ces marches seraient comprises comme un déni de l’autorité du Président. En RDC, cela est presqu’applaudi par le fils Tshisekedi qui dira dans un communiqué : «Condamner avec la dernière énergie ces actes». Mais il restera silencieux sur la sanction des auteurs de ces actes. Voilà qui consacre une vérité non assumée : le Président a cédé son pouvoir régalien à la rue. L’état de droit meurt dans l’œuf. Dans la rue, les Wewas récupèrent le pouvoir, agressent qui ne partage pas leur position politique.

 

Ambongo, cet homme d’église qui défie l’Etat!

 

Le plan fomenté par certaines officines occidentales prend corps. La majorité parlementaire est mise face à la rue. Le Cardinal Ambongo y joue un rôle important. Faisant aussi partie du schéma, Bokundoa, à la tête d’une fédération de communautés religieuses d’obédience protestante, l’ECC, peine à faire autant.

Dans des multiples communications à la suite de la désignation de Ronsard Malonda comme délégué des Confessions religieuses à la CENI par la majorité des Confessions religieuses, Ambongo remet en question le principe de la Majorité que privilégie la démocratie. Pire, il remet en question certains principes de loi en justifiant le plein pouvoir du peuple. Son évangile de l’anarchie passe. Aucun reproche. L’État de droit s’est limité dans les murs épais de la prison de Makala.

Rassuré, coaché et financé par Mike Hammer dit Nzita et des diplomates belges particulièrement, il met les troupes en ordre de bataille. Des dissidents de Lucha dénoncent une réunion au Centre Lindonge présidée par Tata Cardinal. Par vidéoconférence, un ministre belge les a encouragés à aller dans la rue. Le financement des activités leur y est garanti. Une coalition CLC-LUCHA-FILIMBI-LCD voit le jour.

Grâce à Hammer, les actions Catho et LAMUKA sont synchronisées à partir du 12, 13,… juillet 2020.

Le 30 juin, Ambongo déclare ex cathedra la guerre aux institutions du pays. Il annonce l’apocalypse : « Les jours prochains seront difficiles. Et je tiens ici à demander au peuple de se tenir en ordre de marche. Lorsque le moment viendra, lorsqu’ils s’obstineront à faire passer ses lois et ce personnage à la tête de la CENI, il faudra qu’il nous trouvent sur leur chemin», prêchait le saint homme. Puis:  : « On ne peut pas continuer, après 60 ans de l’indépendance du pays, à diriger par défi, par mépris du peuple, par mépris de l’église Catholique et de l’église protestante». Non… Les puissantes églises coloniales n’ont pas perdu de leur superbe ! Que la constitution consacre la laïcité de l’Etat congolais n’y change rien. En tout pas dans l’esprit du cardinal.

Aléa jacta est. À Kinshasa, Lubumbashi et autres chefs-lieux du pays, des marches sont organisées. Les jeunes des tous les partis se donnent rendez-vous dans la rue avec les motivations contraires. Les heurts sont inévitables. À Lubumbashi, des affrontements ont été signalés le 8 juillet.

Pour beaucoup d’observateurs avertis, le but final de toutes ces activités est clair. La chute des institutions et le retour au sempiternel dialogue assorti du partage équitable et équilibré du pouvoir. L’État ainsi bloqué n’aura qu’à tendre la main à la salvatrice aide de l’occident pour l’organisation des scrutins en contrepartie de la renégociation, entre autres, du code minier.

Malala Joseph