21/06/2024

Le Regard

De l’information fouillée et vérifiée

La RDC est avant tout victime de ses propres filles et fils(Tribune)

Les statistiques renseignent que la République démocratique du Congo est l’un des pays les plus bénis de la planète de par son sol, son sous-sol, ses eaux,… Mais en réalité, le pays est l’un des plus pauvres, son peuple vivant en dessous du seuil de pauvreté. Bien qu’il y ait des facteurs exogènes, il ne serait pas déplacé de dire que cette situation relève particulièrement de la responsabilité, ou pour mieux dire de l’irresponsabilité des nous-mêmes Congolais. Ce, étant entendu que la première richesse d’un peuple c’est l’homme.

Le cas de la Suisse en est l’exemple le plus éloquent. Il rappelle en même temps combien cette RDC, très tôt amputée de Simon Kimbangu, Patrice E. Lumumba,… de Mzée L.D. Kabila, a vu malheureusement émerger et prendre racine avec le temps, une sorte de leadership égocentrique, avec une vision très vite émoussée au contact du pouvoir. Au finish, le pays, cette mangeoire, est devenu la proie de ses propres filles et fils, qu’ils soient congolais de père et de mère ou non, qui le dépouillent, au nez et à la barbe, d’un peuple de plus en plus enclin à l’attente d’un miracle qu’à la lutte pour son propre bonheur.

Le regard et les attentes de l’Afrique

Il faudrait s’arrêter un instant, faire une introspection et se rendre compte de notre destin de grandeur et de l’impact que le décollage de la RDC aurait sur le développement de l’Afrique. S’il on est aveugle à cela, les autres sont plus lucides. Frantz Fanon disait : « l’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo».

Au Ghana, à la veille des élections de 2018 en RDC, feu Jerry Rawlings, ancien président, disait à une délégation de religieux de la Commission d’Intégrité et Médiation Electorales (CIME) que la RDC est «le résumé des richesses de toute l’Afrique. Le jour où elle décollerait, toute l’Afrique se développera». Point de vue partagé par ses homologues anciens présidents ghanéens rencontrés par la même délégation. Mais Rawlings avait également souligné à propos des Congolais: «Un peuple qui parle trop et réfléchit peu, est un peuple dangereux». Question: Prenons-nous le temps de réfléchir?

 

Prenons le cas de l’insécurité particulièrement persistante à l’Est pour tenter d’y répondre. Depuis près d’un quart de siècle, la partie Est de la RDC se retrouve en proie à l’insécurité causée principalement par des rébellions phénix qui renaissent en changeant juste d’appellation, fort du soutien Rwanda qui cache, avec de moins en moins de soin, derrière lui des puissances étatiques et extra-étatiques occidentales. Nous sommes conscients qu’à côté des multiples richesses minières du coin, la RDC se trouve davantage au centre des attentions en pleine transition énergétique avec d’un côté, le lithium dont il détient les plus importantes réserves mondiales (Notamment à Manono).

Et de l’autre côté, le Coltan dont la RDC détient entre 60 et 80 % des réserves mondiales. Nous sommes également conscients qu’aucune des grandes multinationales qui utilisent le coltan ou le lithium congolais tels que Microsoft, Apple, Samsung, Huawei, Peugeot, Mercedes, Toyota,… dans la fabrication des ordinateurs, téléphones, des batteries, des voitures, des éoliennes et autres, n’a de contrat avec l’Etat congolais. Les massacres des Congolais favorisent plutôt leurs affaires!

Et en 25 ans, les gouvernements et leaders d’envergure nationale ont été juste capables de se lancer des critiques aussi occasionnelles que futiles, sans que des Congolais soient réellement amenés à se mettre ensemble pour réfléchir et trouver une solution inclusive et durable à ce problème qui mine la sécurité et le développement du Congo.

A contrario, la vision égocentrée et surtout la traitrise de certains de nos compatriotes, exacerbent le problème. Le président de l’Assemblée nationale, me souvient-il, dénonçait du haut de sa tribune la complicité de certaines personnalités politiques du Kivu. Et pire, d’aucuns, du sommet à la base de l’Etat, déplorent l’infiltration rwandaise dans de grandes institutions du pays dont les FARDC. Mais que sert-il de crier au sorcier?

Comme le disait Thomas Sankara, «nous ne pouvons pas laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui, le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité». Que nous manque-t-il pour trouver les moyens d’y remédier ou de renverser la vapeur? Pleurnicher n’apporte rien si ce n’est de futiles condamnations de la Communauté qui distraient plus qu’elles ne changent la situation.

Halte au babysitting!   

En effet, la RDC devrait éviter de se complaire du babysitting régional qui favorise davantage l’infiltration décriée et fragilise nos frontière. Le cas de l’East African Community qui ramène sur le territoire congolais des groupes des pays dont la vision d’expansion sur nos terres est évidente. Inutile de citer l’Ouganda ou le Soudan du Sud avec les Mbororo.

Plutôt, forte de près de 100 millions d’âmes, le pays devrait avoir une vision stratégique qui aille au-delà des mandats présidentiels. Car, il faut raviver, par des politiques saines, le sens de patrie, bâtir une armée forte d’au moins 1 million d’hommes bien formés, équipés et payés pour assurer l’intégrité des frontières. Ce qui nous permettrait d’établir un nouveau rapport de force et, entre autres, de négocier directement avec ces multinationales qui jouissent de notre faiblesse.

Mettons fin au tares qui nous affaiblissent en tant que peuple

Il faut dire que les tares qui nous divisent et nous affaiblissent sont légion. Mais la solution part d’un seul élément: la culture du patriotisme. Il nous faut mettre en place des mécanismes légaux qui découragent, primo la traitrise. Par exemple interdire l’accès à des hautes fonctions à toute personne qui a pris les armes contre le pays. En plus, il nous faut renforcer l’unité et la cohésion nationale. Ici, les propositions de lois telles que celle dite sur la Congolité proposée par Noël Tshiani et portée par le député national Nsingi Pululu, s’avère pour le moins contreproductive. Elle va à contrecourant de l’unité et la cohésion, si l’on veut, souhaitées.

La culture du patriotisme impose également aux gouvernants une attitude qui permette au peuple de se réapproprier l’Etat. Ce qui exclurait la sacralisation de la prédation du pays par ses propres fils. Par ceci, j’entends ce principe socialisé au fil des années, qui fait du pays une mangeoire: «Eza tour na biso». Traduction: «Dépouiller le pays et s’enrichir pendant qu’on a le pouvoir. Après ce serait le tour des autres». Cette conception du pouvoir engendre des maux tels que: népotisme, tribalisme,… et consacre la prédation par le détournement, la corruption, le bradage des ressources nationales.

Et par conséquent, autour des dirigeants émerge une race des courtisans compulsifs, plus «ventriotes» que patriotes qui imposent l’inaptocratie. L’accès au poste de responsabilité n’est plus soumis au seul mérite. Au finish, les gens les moins capables aux postes de responsabilité et détruisent les administrations.

Ce système va  crescendo depuis l’indépendance, exacerbant avec le temps tel un fruit qui murit. On en trouve des exemples dans les assemblées législatives, les fédérations sportives, les administrations de l’Etat, les établissements publics, etc. qui sont depuis des années livrés au favoritisme, au coulage de recettes, à la corruption, bref à la médiocrité.

Il est temps de changer, de mériter cette terre que Dieu nous a donnée. Il faut à nos leaders sociaux et politiques présents et futurs, une détermination sans faille et un sens élevé de responsabilité et le courage d’agir. Car, Rome ne s’est pas construite en un jour.

MATSHI Darnell/Observateur sociopolitique