octobre 31, 2020

Le Regard

De l'information fouillée et vérifiée

RDC: Barnabé Kikaya relève 7 erreurs de Félix Tshisekedi dans son discours du 30 juin 2020

En marge du soixantenaire de l’indépendance de la RD-Congo, le Président Félix Tshisekedi a prononcé un discours truffé de sept erreurs, selon Barnabé Kikaya Bin Karubi, ancien conseiller en diplomatie de l’ex-Président Joseph Kabila.

« Là où le pays entier attendait un discours du père de la nation et garant du bon fonctionnement des institutions, on retrouve plutôt un Chef de l’Etat combatif qui s’en prend à ses partenaires de la coalition le jour d’un événement de si grande portée historique », fustige Barnabé Kikaya dans un billet publié sur son blog personnel, avant d’épingler chacune de ces erreurs.

L’une de ces erreurs se rapporte à l’omission des policiers dans le registre des structures et personnes auxquelles des hommages ont été rendus par le Président Félix Tshisekedi dans son discours. « Une faute lourde », assène Kikaya non sans soulever, dans l’aspect sécuritaire, le fi sur « la présence, pourtant patente, des troupes angolaise, zambienne et sud-soudanaise sur le territoire national pendant que celles du Burundi, du Rwanda et de l’Ouganda sont toujours-là ».

Kikaya en tire comme leçon: « le Président est peu soucieux de la préservation de l’intégrité territoriale du Congo au moment où la menace de balkanisation est plus qu’évidente ».

En définitive, Kikaya soutient que le discours du Président Félix Tshisekedi, en marge du 60ème anniversaire de l’indépendance de la RD-Congo, a été « catastrophique », « très critiquable dans la forme » comme « dans le fond ». Ci-après, l’intégralité du billet de Barnabé Kikaya Bin Karubi:

Une fois de plus, Félix Tshisekedi a été trahi par l’équipe de rédaction de son discours.

Là où le pays tout entier attendait un discours du père de la nation et garant du bon fonctionnement des institutions, on retrouve plutôt un Chef de l’Etat combatif qui s’en prend à ses partenaires de la coalition le jour d’un événement de si grande portée historique. Pour en rajouter à la confusion, les Eglises Catholique et Protestante se cabrent et remettent en cause la victoire de Fatshi à la présidentielle de Décembre 2018. Elles vont jusqu’à braver son autorité en décidant elles-mêmes, du déconfinement de leurs paroisses. L’occasion faisant le larron, Martin Fayulu appuie ces Eglises, c’est à dire en se résolvant à utiliser le coup de massue pour le lui assener : que reste-t-il de Felix Tshisekedi comme autorité après sa prestation catastrophique du 29 Juin 2020 ?

La vérité est que rien n’oblige le chef de l’Etat d’endosser un discours aux accents belliqueux, rédigé par des collaborateurs ayant encore beaucoup à apprendre du fonctionnement de l’Etat, et encore en régime démocratique, un discours qui devrait être conciliant et rassurant.

L’équipe de rédaction a commis l’imprudence d’enfermer le Président de la République dans la contradiction en ce que, d’un côté, ils lui font proclamer l’union des Congolais et l’ouverture du Congo sur le monde, tandis que de l’autre côté, ils lui font exacerber la division entre ses concitoyens pendant qu’ils lui forgent l’isolement du pays.

Voici quelques extraits d’un discours raté !

1. LE PARLEMENT ET LES COURS ET TRIBUNAUX

Les auteurs du discours font valoir les prérogatives constitutionnelles de Félix Tshisekedi d’être le garant du bon fonctionnement des institutions. C’est vrai. Malheureusement, ils traduisent dans son discours sa volonté de dicter au Parlement sa vision des choses, s’agissant des propositions de lois Minaku et Sakata.

Pourtant, le chef de l’Etat connaît toute la procédure légale de production d’une loi.

Comble d’ironie, ils lui ont fait recevoir la veille du discours une délégation syndicale des magistrats pour justifier le rejet des dites propositions pendant qu’ils ne sont pas sans savoir que l’institution attitrée pour le Président de la République de connaître de la constitutionnalité ou de l’inconstitutionnalité d’un texte légal sont les Cours et Tribunaux.

Pour peu qu’ils aient eu la présence d’esprit de se renseigner, ils auraient compris qu’un syndicat des travailleurs (ou fonctionnaires) a pour répondant un patronat. Le syndicat des magistrats a pour interlocuteur l’employeur qui se trouve être le gouvernement et,  par ricochet, le Ministre de la Justice.  Rien que par leur démarche, les magistrats ont fait d’eux-mêmes l’aveu de leur dépendance que de leur indépendance.

2. DIALOGUE INTERINSTITUTIONNEL

Les auteurs du discours ont fait dire au Chef de l’Etat qu’il promeut le dialogue interinstitutionnel.  La réalité est que le dialogue interinstitutionnel n’a pas compétence de se substituer aux institutions qui, elles, vont continuer à exercer chacune librement ses prérogatives définies par les lois du pays.

3. ETAT DE DROIT ET VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS

Les auteurs du discours du Président de la République ont mis en exergue les violations des droits de l’homme.

L’UDPS est certes libre de pointer le doigt accusateur aux Présidents Joseph Désiré Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila.

Va-t-on faire cependant croire à l’opinion qu’au cours de ses 37 ans de « lutte », ce parti n’a fait que prôner l’Etat de Droit ? En réalité, cette lutte a eu pour constante et pour objectif la perturbation et la dégradation de l’environnement social et économique. De l’isolement diplomatique à la suspension de la coopération structurelle, de la thésaurisation à la dollarisation de la monnaie, du pillage de 1991 et 1993 à des grèves sauvages, ce parti a surfé sur la paupérisation du peuple. D’où mon article « la revanche du roi dollar ».

L’expérience de ces 17 mois aux affaires confirme cette réalité.

Déjà, à elle seule, l’incapacité de l’UDPS de s’appliquer sa propre Constitution (statuts et règlement intérieur) pour régler ses questions internes prouvent combien ce parti n’a aucun respect du droit, ni de la loi.

Fonctionnant à coups de manipulation et d’intoxication, jouant et misant sur la victimisation, il a longtemps entretenu le mythe d’un parti non-violent alors que ses actes traduisent la violence.

Des décennies durant, il a utilisé la rue en engageant la population dans des manifestations caractérisées par la violence. On voit comme il peine à discipliner ses « combattants » au point de surprendre toutes les démocraties existantes au monde : un parti présidentiel qui règle ses problèmes dans la rue, à l’arme blanche, parfois même avec des cocktails Molotov.

4. POLICIERS

Les auteurs du discours ont fait commettre au Président de la République une faute lourde : l’oubli de la Police Nationale Congolaise (PNC) parmi les structures et les personnes auxquelles des hommages ont été rendus. Aucun des quatre prédécesseurs de Félix Tshisekedi ne l’a osé.

5. SECURITE

Dans ce discours, les auteurs ont consacré un pan entier à la question sécuritaire à l’Est. Ils ont évoqué l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu. Mais, ils ont ignoré la présence, pourtant patente, des troupes angolaise, zambienne et sud-soudaines sur le territoire national pendant que celles du Burundi, du Rwanda et de l’Ouganda sont toujours-là.

C ‘est là une belle manière de signifier au peuple congolais que son Président est peu soucieux de la préservation de l’intégrité territoriale du Congo au moment où la menace de balkanisation est plus qu’évidente.

6. BELGIQUE ET ETATS-UNIS

Constituée en grande partie des collaborateurs en provenance de la Belgique et des Etats-Unis, la diaspora impliquée dans la rédaction du discours du 30 juin a réduit à ces deux pays tous les succès engrangés par le chef de l’Etat au cours de ses multiples déplacements à l’étranger.

Silence sur l’Onu, sur l’Union africaine (dont il est le premier vice-président cette année et dont il sera le président en exercice l’année prochaine) et sur l’Union européenne.

Silence sur la Sadc et la Cirgl qui lui ont pourtant confié la médiation dans le conflit ougando-rwandais.

Silence sur la Russie, le Japon et la Chine qui l’ont invité à leurs conférences pour l’Afrique.

7. REVENU MOYEN PAR HABITANT

Les auteurs du discours attribuent au Chef de l’Etat la remontée du revenu moyen par habitant en lui faisant dire dans le discours que de USD 1.000 en 1960, ce revenu est tombé à USD 400.

Cela est vrai. Mais dans une graphique publiée après le discours, c’est à Félix Tshisekedi qu’on reconnaît les USD 414 et à Joseph Kabila USD 397.

Or les statistiques fiables de la Banque Mondiale sont formelles : en 2018, le PIB était de USD 561,78. En 2019, il est tombé à USD 495.

Les auteurs du discours se sont abstenus de signaler qu’en 1997, au moment où le régime Mobutu tombait, le PIB était à USD 138,97. Sous Joseph Kabila, il est parti de USD 153,59 à USD 561,78.

CONCLUSION

Avec ces sept points qui ne sont même pas triés au volet, il saute aux yeux que le discours du 30 juin 2020 – déjà très critiquable dans sa forme (les sujets sont mélangés si bien qu’on ne sait pas suivre le fil des idées du chef de l’Etat) – l’est aussi dans le fond.

Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’avec toutes les réactions négatives qu’il suscite dans l’opinion, le chef de l’Etat en soit venu à admettre qu’il a été abusé.

Lorsque, en plus, l’un de ses proches estime que c’est le meilleur des discours prononcés par un chef d’Etat depuis 1960, c’est qu’il disqualifie toutes les allocutions de Félix Tshisekedi prononcées depuis le 24 janvier 2019.

Personne ne peut admettre que de tels collaborateurs soient pour le Président de la République, des personnes sur qui il peut compter.

Qu’à cela ne tienne, faute de se retrouver autour d’un Grand Chef rassembleur, « le peuple d’abord » s’est contenté de danser au rythme d’Indépendance Cha Cha. Cela au moins, personne ne peut lui arracher.

Par Prof. Barnabé Kikaya Bin Karubi | Twitter : @kikayabinkarubi | Facebook.com/kikayabinkarubi