janvier 23, 2021

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Discours après consultations : le Président dira-t-il ce qu’il a déjà dit?

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30 décembre 2018. Le candidat n°20 du Cap pour le Changement -CACH- à la présidentielle RD-congolaise, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, est proclamé vainqueur avec 38,6% devant le Lamuka Martin Fayulu Madidi, 34.6%, et le Front commun pour le Congo -FCC-, Emmanuel Ramazani Shadari, dauphin du Président sortant, Joseph Kabila, 23.8%. Un Tshisekedi, fils de l’opposant historique est désormais Président de la République démocratique du Congo. Le pays de Lumumba connait sa première passation pacifique du pouvoir. L’espoir nait. L’essentiel est fait ? Mais, celui que les kinois appellent Fatshi bêton se retrouve face à une majorité écrasante du FCC de Kabila; près de 350 députés nationaux sur les 500 que compte l’Assemblée nationale. FCC-CACH opte pour une alliance. Un « accord » de gestion est signé. Cependant, le respect des clauses dudit accord ne tardera pas à poser problème.

 

Au FCC de JKK, on ne tardera pas à accuser Tshisekedi de violer intentionnellement la Constitution et l’accord. La crise se fait ressentir A Kingakati, le malaise se fait sentir dès les premiers actes de Fatshi. La nomination des mandataires à la GECAMINES, faite de façon unilatérale par le Président de la République, créera les prémices de la crise. D’autres petits malaises s’en suivront. Mais, la nomination de deux juges à la Cour constitutionnelle sera la goutte d’eau qui fera déborder le vase. Au FCC, l’on décrit le fait que l’on ait contourné le Premier ministre dans la domination de ces juges. «Comment expliquer que le Président envoie le Premier ministre en mission au Katanga, donc au pays, et qu’il signe 278 ordonnances contresignées par le ministre de l’Intérieur qui est de l’intérieur?», s’interroge un cadre du FCC. La nomination sera donc qualifiée d’«inconstitutionnalité».

 

Le FCC boycottera même la cérémonie de prestation de serment des juges de la Cour constitutionnelle au Palais du peuple. Mais, l’UDPS y chantera sa victoire sur Kabila. Le Président de la République fera même le ‘V’ de la victoire quand les militants du parti entonneront l’’hymne de l’UDPS à l’hémicycle. C’est l’escalade. Le divorce entre FCC et CACH pointe à l’horizon. Le 23 octobre 2020, dans son discours, le Président Félix Tshisekedi, évoque les divergences entre le CACH et le FCC. Selon lui, ils porteraient «notamment sur les questions relatives à la paix, à la sécurité nationale, à la diplomatie, à l’organisation des élections, à l’indépendance de l’appareil judiciaire et à l’instauration de l’Etat de droit». U

 

Il souligne que ces questions ne doivent être laissées à la merci d’un seul groupe politique, mais plutôt, le fruit d’un large consensus national. Il annonce son intention de mettre en place l’Union sacrée pour la nation. Clairement, il entend renverser la majorité parlementaire par des débauchages. A la retraite de Safari beach, Néhémie Mwilanya, coordonnateur du FCC, met le pied dans le plat: «le FCC ne peut cautionner aucune démarche tendant à la recomposition de la majorité parlementaire en pleine législature sur fond de la corruption des élus d’un partenaire, antivaleur au cœur d’une lutte convenue dans le cadre du programme du gouvernement». Pas de pardon, le peuple va frapper ! Le pays est bloqué. La grogne commence dans la population. Pour le CACH -ou clairement l’UDPS-, il y a crise.

 

Au FCC, on estime qu’elle est artificielle. Ce qui n’empêche le Président d’entamer les Consultations. «Ces consultations visent la refondation de l’action gouvernementale autour des principes de participation à la gestion du pays. A l’issue de celles-ci, je reviendrai vers vous, dans une nouvelle adresse, pour vous faire part de mes décisions qui n’excluront aucun cas de figure », annonçait le Président. En attendant sa prochaine adresse qui pourrait intervenir le 3 décembre 2020, le Président dira-t-il ce qu’il avait déjà laisser entendre dans son précédent discours? Chaque paragraphe de ce dernier annonçait déjà la rupture avec son partenaire politique Kabila et le Front Commun pour le Congo. Faisant allusion à un blocage et à des manœuvres orchestrées par la classe politique -bien entendu proche de Kabila-, Tshisekedi a affirmé que le peuple «n’accordera pas de pardon». Comment? Dans un pays démocratique, il existe deux moyens: les élections et le référendum.

 

A l’UDPS, Jean-Marc Kabund, président a.i., a lors des récentes sorties médiatiques craché sur la coalition au pouvoir : «il n’y aura plus coalition ni cohabitation dans ce pays». La crise politique, réelle ou pas réelle ? Le camp Kabila reste ferme et serein. Il n’y a pas de crise institutionnelle. Pour celui-ci, le dialogue entre les deux partenaires à l’accord reste le seul moyen, non les consultations. «Le FCC majorité parlementaire réaffirme sa disponibilité de dialoguer avec le Président de la République. Dès lors, considérant les résultats des dernières élections générales du 30 novembre, ce dialogue ne pourrait se faire utilement que dans le cadre des structures et mécanismes prévus par l’Accord de coalition majoritaire, constituée desdites élections». Il avance également que la recherche de solution à ladite «crise» devrait se faire conformément à la Constitution. «Les consultations faites par le Chef de l’Etat, ajoute une autre voix du FCC, ne sont pas sanctionnées par une ordonnance présidentielle».

Pour lui, cela ne confère pas à ces rendez-vous du palais de la Nation un caractère juridique comme ce fut le cas avec les précédents dialogues tenus pendant le régime de Kabila. Le PCA de la SNEL SA et communiquant du FCC, André Alain Atundu, a, lui, déclaré que ces consultations ne répondent pas au critère de l’inclusivité et mettent en mal la cohésion nationale. Il estime que cette initiative, telle que comprise au sein de la population, et à laquelle sa famille politique n’a pas pris part, n’aura qu’une seule finalité: mettre hors-jeu politique l’ancien Président RD-congolais et autorité morale du FCC. Inquiet de la tournure que pourrait prendre cette crise, les RD-congolais entendent le dernier mot du Chef de l’Etat qui a consultés les acteurs sociaux et politiques en vue d’une sortie de crise.

 

Schilo J. Tshitenga